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Une actrice, de Philippe Minyana, mise en scène de Pierre Notte, Théâtre de Poche

Mar 29, 2018 | Commentaires fermés sur Une actrice, de Philippe Minyana, mise en scène de Pierre Notte, Théâtre de Poche

© Pascal Victor

 

ƒ Article de Corinne François-Denève

C’est une évidence : Judith Magre est une actrice et une femme fascinante. Physique atypique et intemporel, voix reconnaissable entre toutes, présence scénique remarquable, la comédienne a en outre été la compagne de route des célébrités de ce siècle – Sartre et Beauvoir, Audiberti, Prévert… Aucune surprise, donc, à ce qu’on veuille lui consacrer un livre : c’est là le point de départ de la pièce, qui voit un écrivain, ou à tout le moins un admirateur, questionner « la » Magre sur son métier, ses amours, ses emmerdes. Il faudra en passer toutefois par un prélude, où l’actrice joue « Anne-Laure », dans un monologue de Minyana, André, avant de se prêter au jeu d’un vrai-faux « bord de plateau » avec la complicité de Pierre Notte, pianiste-interviewer, et de Marie Notte, interprète des intermèdes.

On ouvre le programme, qui nous indique ceci : « On boit, on parle, on s’affronte, on chante, jusqu’à ce que les souvenirs et les amitiés renaissent, revivent, pour construire au bout du compte une belle rencontre entre chacun, entre les acteurs, l’écrivain, la chanteuse, les interprètes et leur public. » Au bout du compte, le théâtre est surtout un art terrible, et on hésitera à qualifier la rencontre de « belle ». Le jour de la représentation, en effet, il nous faut péniblement le dire, Mademoiselle Magre était bien malade. Elle étouffait de terribles quintes de toux, semblait chanceler en scène. Le texte, parfois, lui échappait. Cela n’enlève rien à son talent, les mots sortant toujours ravis de sa bouche. Il paraît que sur un plateau, un jour, lasse des médiocres batailles qui se jouaient autour d’elle, une autre comédienne, Marie-France Pisier, avait déclaré : « Pourquoi tant de souffrance ? » Sur scène, l’actrice s’épuise. Elle est poussée, d’aucuns diront encouragée et portée, par Pierre Notte, à aller à bout de la représentation. Sous sa férule implacable, on reprend les passages manqués. La comédienne, pro, s’exécute. Le public suit, partagé entre angoisse et admiration. La sœur de Pierre Notte apporte les verres d’eau. Anecdotes, chansons, la pièce va cahin-caha vers son terme. On ne sait ce qu’il en est de la pièce les autres jours.

Au final, on a écouté Mademoiselle Magre avec l’attention inquiète que méritent son grand talent et sa grande carrière. L’histoire de sa vie demeure fascinante, et son jeu d’actrice est toujours impeccable. On a même rejoué All about Eve ou Opening Night en allant faire signer son numéro de L’Avant-scène à la grande dame. Une question demeure toutefois : pourquoi tant de souffrance ? Monter sur scène quoi qu’il arrive. Jusqu’au bout … ? Voir « en vrai », en chair et en os, une actrice, parler de son métier, à bout de forces ce jour-là. Morbid art ? La Compagnie de Pierre Notte s’appelle fort à propos « Compagnie des gens qui tombent. » Il est en tout cas des jours où l’on préférerait entendre Magre à la radio, ou à la télévision, dans le même exercice, moins douloureux pour tous. Ou alors on aimerait passer chez elle la voir, et lui faire raconter, quand et comme elle veut, sa vie. Faire un tour avec elle au Jardin des Plantes. La traîner au cinéma ? Ou l’emmener manger une sole, oui, une sole, avec une bière bien fraîche, quelque part.

 

Une actrice, de Philippe Minyana

Mise en scène  Pierre Notte
Avec  Judith Magre, Pierre Notte, Marie Notte
Lumières Éric Schoenzetter

Durée  1h10

Du 20 mars au 20 mai 2018
Du mardi au samedi 21h, dimanche 15h

Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006 Paris

Réservations  01 45 44 50 21
www.theatredepoche-montparnasse.com

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