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Simple, un projet de Ayelen Parolin, au 104 / Festival Séquence Danse

Avr 21, 2022 | Commentaires fermés sur Simple, un projet de Ayelen Parolin, au 104 / Festival Séquence Danse

 

© François Declercq

 

ƒƒƒ article de Denis Sanglard

Revenir au plaisir pur et sans esbrouffe de la danse. Après Weg, il y a peu au Théâtre de Chaillot, voici Simple, chorégraphie de l’inventive Ayelen Parolin. Simple soit, en apparence, un refus de la sophistication et une propension au jeu, aux citations chorégraphiques, du classique au contemporain, du folklore au sport de combat, des pistes de dancefloor au cinéma muet, promptement moulinés, passés à la broyeuse et dont il ne reste rien que des lambeaux, mis bout à bout, comme un joyeux patchwork, sans autre lien ni logique que de vagues correspondances, une envie d’aller jusqu’au bout de situations impossibles, incongrues, juste pour voir, avant de passer à autre chose, un mouvement en entraînant un autre. Imiter le galop et le trot du cheval, les pieds martelant le sol comme des sabots non ferrés, ébaucher un « pas de trois » vaguement classique, pratiquer les arts martiaux… tout est matière à l’exploration curieuse et désinhibée du simple plaisir de danser. Et les trois hurluberlus, remarquables performers soit dit en passant, sous le sérieux du costume, collant intégral made in Forsythe, s’en donne à cœur joie. Regard ahuri de celui qui n’en croit pas ses yeux d’être là, sur le plateau, fier comme Artaban de montrer ce dont il est capable, chaque danseur se lance dans une compétition furieuse, une battle de bac à sable où faire tenir trois planches de bois entre elles s’avère un véritable défi, et sa réussite une véritable jouissance, massacrer le décor une jubilation non feinte. Entre ces trois-là, c’est une invention permanente dans l’exploration de répertoires réduits à de simples fragments éparpillés, dans la (re)découverte spontanée du geste et du mouvement, de son appréhension, exploré jusque dans sa déglingue et son abandon par K.O. Un parcours flottant qui se contrefiche dans une totale liberté de savoir où il va.

Il ne faudra pas croire à une vaste fumisterie, cette simplicité est fort bien pensée. Sous le burlesque et la farce, c’est grave sérieux. Cette écriture chorégraphique en apparence foutraque est d’une redoutable complexité qui exige pour atteindre cette épure génialement borderline un véritable équarrissage. C’est une danse à l’os, réduite sous son exubérance à l’essentiel pour ne donner que cette sensation de jouissance sans s’attacher au récit, sans être appesanti de discours abscons. En multipliant les références et les situations qu’elle réduit à presque rien, et tout est dans le presque, qu’elle accole les unes aux autres, qu’elle confronte et fait se chevaucher, Ayelen Parolin désamorce toute emprise théorique pour ne garder qu’une forme de légèreté subversive et volatile, le plaisir. Et rendre à la danse ce qui lui est fondamental et appartient de fait à tous. Une entreprise de démocratisation en somme.

 

Simple un projet de Ayelen Parolin

Création et interprétation : Baptiste Cazaux, Piet Defrancq, Daan Jaartsveld

Assistante chorégraphique : Julie Bougard

Création lumière : Laurence Halloy

Scénographe et costumes : Marie Szersnovicz

Dramaturgie : Olivier Hespel

Regard extérieur : Alessandro Bernardeschi

Visuels : Cécile Barraud de Lagerie

Costumes : atelier du Théâtre de Liège

 

 

Du 19 au 21 avril 2022 à 20 h

 

Le 104

5 rue Curial

75019 Paris

 

Réservation 01 53 35 50 00

www.billeterie.104.fr

 

 

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