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« Roses », Conception, mise en scène et scénographie de Nathalie Béasse, au Théâtre de la Bastille

Jan 11, 2015 | Commentaires fermés sur « Roses », Conception, mise en scène et scénographie de Nathalie Béasse, au Théâtre de la Bastille

ƒƒ article de Denis Sanglard

8-nath1© DR

Faire de Richard III de Shakespeare un espace strictement mental est une démarche culottée. Et Nathalie Béasse n’en manque pas, de culot. Nathalie Béasse a rêvé sans aucun doute cette œuvre. Au petit matin, il ne lui restait que quelques bribes éparses, des fragments de texte, des images étranges. Et c’est cela qu’elle met en scène et qui relève du mystère. Un rébus, des associations d’images incongrues, une vision quelque peu surréaliste où se juxtaposent sans souci aucun de compréhension immédiate des tableaux faits de bric et de broc, d’accessoires détournés avec bonheur de leur fonction première.

C’est un coq à l’âne propre au rêve et dont le sens échappe sans doute mais qui se révèle bien plus profond. Des images simples et dépouillées et qui vous collent étonnement longtemps aux rétines. Et il y a cette table immense autour de laquelle les comédiens tournent, sur laquelle ils banquettent ou meurent. Cet immense rideau de scène qui devient nappe de velours, jupe empesée d’une reine entravée et défaite, cape trop lourde pour un roi fragile, champs de bataille comme une mer tempétueuse. Il n’y a pas un, mais quatre Richard III. Parce que dans ce rêve on joue comme les enfants à faire comme si. Ce si magique propre au théâtre. Alors on se partage les rôles, les couronnes de papier, autant de fragments d’un kaléidoscope tragique où le roi devient soudain cheval et porte le nouveau roi. Où l’on meurt pour de faux. Où l’on tombe et se relève, s’efface et passe à autre chose, change de rôle. C’est formidablement et audacieusement lacunaire, c’est fait d’ellipses et de trous béants où s’engouffre le silence. Un silence habité de corps en attente, prêts à toute fulgurance. Des corps habités de silence et qui dansent. Branle de cour, ronde infernale, paysanne et soudain charge guerrière. Car les images jamais n’occultent les corps qu’elles intègrent comme autant de possibilités, de matières malléables propres aux métamorphoses, dans ce carrousel dramatique où tournent affolés des personnages en proie à l’horreur.

Nathalie Béasse fait entendre le texte mais par éclats, par fragments, comme un souvenir d’une œuvre entendue dont il ne resterait que quelques traces têtues et ténues porteuses d’images inconscientes, de chimères. L’image même de Richard III semble disparaître, n’exister qu’en creux, n’avoir de réalité ou n’être qu’une projection mentale, que par le regard de sa famille. Il y a comme une diffraction où le spectateur quelque peu ébranlé par les ajours de cette étrange tapisserie tente de recomposer l’ensemble. Il faut découvrir Roses comme une expérimentation réussie, un jeu de piste autour d’une œuvre saisie comme matière inconsciente pour un univers étonnement plastique et ludique qui interroge l’écriture dramatique dans son ensemble, texte, corps et plateau. Un théâtre de la suggestion qui, faisant confiance au texte, même parcellaire, et au spectateur, se fiche bien de donner du sens pour offrir une part de mystère et de rêve, d’émotion.

Roses
Conception, mise en scène et scénographie de Nathalie Béasse
Fragments de Richard III traduction de Jean-Michel Desprats
Création lumières Nathalie Gallard
Musique Nicolas Chavet et Julien Parsy
Avec Sabrina Delarue, Etienne Fague, Karim Fatihi, Erik Gerken, Béatrice Godicheau, Clément Goupille, Anne Reymann

Du 6 au 31 janvier 2015 à 20h, relâche les dimanches

Théâtre de la Bastille
76, rue de la Roquette – 75011 Paris

Réservations 01 43 57 42 14
www.theatre-bastille.com

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