Critiques // « Rien de moi » de Arne Lygre, mise en scène de Stéphane Braunschweig au Théâtre de la Colline

« Rien de moi » de Arne Lygre, mise en scène de Stéphane Braunschweig au Théâtre de la Colline

Oct 07, 2014 | Commentaires fermés sur « Rien de moi » de Arne Lygre, mise en scène de Stéphane Braunschweig au Théâtre de la Colline

 

ƒ Article de Camille Hazard

Crédit Photo Elisabeth Carecchio

 

Une femme, un homme,

Un enchevêtrement de mots, de souvenirs et de promesses

 

La pièce s’ouvre sur une rencontre ; celle d’un homme et d’une femme. La femme quitte enfants et mari pour s’installer chez cet homme. Un dialogue amoureux pour un nouveau départ.

Si l’on voit vivre le couple au présent dans des situations plutôt quotidiennes comme boire un café, discuter, marcher, l’homme et la femme, à travers la verve poétique de Arne Lygre, convoquent le passé et le futur, se réunissent autour d’une mémoire commune.
Ainsi les temps sont mêlés ; la réalité côtoie l’interprétation des souvenirs, les projections d’un futur proche.
Il y a celle ou celui que l’on a été avant cette rencontre puis, l’amour nous remodèle, on pense être une autre personne, on croit muter avec l’autre, mais notre nature profonde est inébranlable. Et l’amour que l’on croyait éternel meurt, nous rendant à ce que nous sommes, avec nos travers, nos envies, nos quêtes.
A mesure que le temps avance, le couple convoque leurs proches. La femme tente de délier la parole avec ses deux enfants, sa mère et son ex-mari. L’homme plus solitaire échange avec sa mère. Mais ces deux-là résistent à tout extérieur, ils sont pris dans l’étau de l’amour fusionnel.

 

« Je ne suis plus celui que j’étais.
Ou peut-être que celui que j’étais a été caché par celui que je voulais être, celui que je croyais qu’elle voulait avoir (…) mais ça ne tient pas dans la perspective d’une vie, ce qui était apprêté s’écaillait petit à petit est de nouveau ne reste que ce qui est véritable, ce que j’arrive à être sans intention particulière. »
Arn Lygre

 

Le spectacle, découpé en plusieurs tableaux, est un magnifique hymne à la parole. Les mots qui lient les êtres, qui influencent la réalité, les mots comme refuge…
Portés par quatre comédiens au souffle puissant et sans fioriture, le texte d’Arne Lygre résonne comme une dernière prière.

 

« Puisque ce qui est dit a lieu ou aura lieu, nul besoin de le voir ou de le représenter. Sinon peut-être sous la forme de traces dans le réel…
Stéphane Braunschweig

La mise en scène de Stéphane Braunschweig, bien que travaillée dans ce sens, ne semble pas aller au bout du dépouillement réclamé par le texte. Les murs blancs protègent en même temps qu’ils condamnent le couple. Les quelques accessoires (tasses, canapé, projection d’une vue de fenêtre) présents dans cet espace métaphorique n’ont pas d’intérêt, le texte ultra concret de l’auteur les fait déjà exister dans notre imagination…
La dernière scène de toute beauté avec l’eau qui purifie les corps devant un large trou noir, amène la poésie qui nous a un tantinet manqué dans les tableaux précédents.

 

Rien de moi
Texte de Arne Lygre
Traduction Stéphane Braunschweig et Astrig Schenka
Mise en scène Stéphane Braunschweig
Costumes Thibault Vancraenenbroeck
Mulières Marion Hewlett
Son Xavier Jacquot
Collaboration Artistique Anne-Françoise Benhamou
Collaboration à la scénographie Alexandre De Dardel
Assistante à la mise en scène Manon Worms
Assistantes costumes Isabelle Flossi

Avec Chloé Réjon, Manuel Vallade, Luce Mouchel, Jean-Philippe Vidal

Du 1er octobre au 21 novembre 2014
Du mercredi au samedi à 21h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h

Théâtre de la Colline
15, rue Malte-Brun – 75020 Paris
M° Gambetta
Réservation 01 44 62 52 52
www.colline.fr

Spectacle en tournée :
Théâtre de la Manufacture à Nancy
Du 2 au 5 décembre 2014

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