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Le petit garde rouge, mise en scène de François Orsoni, texte et dessins de Chen Jiang Hong, à la MC93 de Bobigny

Mar 14, 2022 | Commentaires fermés sur Le petit garde rouge, mise en scène de François Orsoni, texte et dessins de Chen Jiang Hong, à la MC93 de Bobigny

 

© Huma Rosentalski

 

f f f article de Denis Sanglard

Il est des créations parfois en apparence toutes simples mais d’une beauté et d’une poésie qui vous frappent et vous bousculent par sa forme épousant avec bonheur un récit singulier et prégnant. Ajoutons à cela un sujet qui aborde un pan de l’histoire contemporaine, pour beaucoup d’entre nous méconnue, la Révolution culturelle initiée par Mao Zedong en 1966 et qui bouleversa profondément la République populaire de Chine. Mais l’originalité du récit donné est que cette révolution est vue à la hauteur d’un enfant. François Orsoni adapte pour la scène le récit autobiographique du peintre Chen Jiang Hong, Mao et moi. Ce n’est pas la première fois que ces deux-là collaborent ensemble. Il y eu en 2018 Contes chinois.

Au milieu des années 1960, dans une ville du nord de la Chine, Chen Jiang Hong mène avec ses parents, ses grand parents et ses deux sœurs une vie normale dans un petit appartement. Une vie bientôt arrachée à sa quiétude par la Révolution culturelle et ses conséquences tragiques. Le père envoyé en rééducation près de la frontière russe, les voisins soumis à l’humiliation des autocritiques publiques et qui disparaissent brutalement emmenés par les gardes rouges. Les livres et les œuvres graphiques brûlés. Jusqu’à l’absurde : incompréhensiblement les poules élevées avec amour par sa grand-mère sont aussi condamnées par la révolution, égorgées une à une.  Les hivers où la faim vous tenaille… Et toujours l’insouciance de l’enfance, jeux de billes, apprendre à tenir sur un vélo, l’ennui, se mêle au tragique de la situation politique. L’école et les psaumes maoïstes récités comme mantra, être nommé avec fierté petit garde rouge… Et puis, avec quelques bouts de craies, à même le sol, Chen Jiang Hong dessine inlassablement.  Le dessin sera son émancipation, sa résilience. La force de ce récit est qu’il ne porte jamais aucun jugement sur les évènements politiques traversés. C’est le regard naïf mêlé de gravité d’un enfant aux prises avec une réalité qui lui échappe et les mystères de la vie mais dont il pressent intuitivement la violence.

C’est une mise en scène lumineuse, délicate et sensible à laquelle participe Chen Jiang Hong, présent sur le plateau. Et cette présence est exceptionnelle par sa portée. François Orsoni privilégie avec raison la fabrique de l’image en direct qui donne à cette création son rythme, sa dynamique. Ce récit, conté par un narrateur (Alban Guyon), est ainsi illustré au fur et à mesure, les dessins à l’encre projetés pendant leur exécution sur le plateau. Il y a quelque chose de vraiment troublant à voir cette main exécuter avec tant de célérité le dessin, un dessin délicat et d’une grande force, être le prolongement de la voix du récitant, l’adulte rejoignant ainsi l’enfant qu’il fut. Et rester en cela maître de son histoire. François Orsini, respectant avec intelligence le point de vue de l’enfant, nous invite à une véritable immersion dans cette part d’enfance et d’innocence volée par la violence de cette révolution. Le récit, l’image, voire la couleur (qui s’efface au profit du rouge qui envahit l’image en son entier ainsi que le plateau), font œuvre de mémoire, mais aussi le son. Une véritable ambiance sonore, réalisée en direct, nous plonge dans cette histoire qui prend ainsi une réalité concrète jusque son évolution dramatique. Deux comédiennes et danseuses (Lili Chen et Namkyung Kim) accompagnent Alban Guyon dans ce voyage mémoriel. Elles sont les sœurs de Chen Jiang Hong mais aussi l’émanation de cette Chine en plein bouleversement. Aux danses traditionnelles de l’Opéra chinois bientôt se substituent les ballets de propagande. Les manches d’eau virevoltants des kimonos ont laissé place aux raides uniformes kaki. Ainsi François Orsoni n’oublie jamais l’arrière-plan historique qui traverse le récit mais sans l’imposer parce que le cœur de cette histoire reste le regard de cet enfant. Et puis il y a soudain ce moment d’une rare et belle émotion, foudroyante, quand Chen Jiang Hong prend la parole à son tour pour conclure ce récit et dire ce que fut la suite de son histoire qui engageât son futur et son désormais présent. Les beaux-arts à Paris et l’exil. A cet instant ce récit comme distancié jusque-là prend une nouvelle épaisseur, sortant du cadre même du théâtre et de la fiction pour entrer dans la vie même. Bouleversant, oui.

 

© Huma Rosentalski

 

Le petit garde rouge, mise en scène de François Orsoni

Textes et dessins de Chen Jiang Hong

(le texte Le petit garde rouge est édité à L’école des loisirs sous le titre Mao et moi)

Avec Lili Chen, Chen Jiang Hong, Alban Guyon et Namkyung Kim

Bruitage : Eléonore Mallo

Scénographie et vidéo : Pierre Nouvel

Création lumière : Pierre Nouvel et François Orsoni

Décors et costumes : Natalia Brilli

Régie générale : Antoine Seigneur Guerrini, François Burelli

Création sonore et régie son : Valentin Chancelle

Régie vidéo : Thomas Lanza

Décors Atelier de la MC93

 

Du 10 au 19 mars 2022

Du mardi au vendredi à 19 h, du mercredi au vendredi à 14 h 30

Samedi à 17 h, dimanche à 16 h

 

MC93

9 boulevard Lénine

93000 Bobigny

 

Tournée

27 au 29 mars 2022 : Théâtre Jean Vilar, Suresnes

3 avril 2022 : Spaziu Culturale Natale Rochiccioli, Carghese

5 avril 2022 : Théâtre de Propriano

7 et 8 avril 2022 Théâtre d’Ajaccio

 

 

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