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La Valse, chorégraphie de George Balanchine, L’Enfant et les sortilèges, chorégraphie de Jean-Christophe Maillot, musique de Maurice Ravel, Grimaldi Forum de Monaco

Déc 22, 2023 | Commentaires fermés sur La Valse, chorégraphie de George Balanchine, L’Enfant et les sortilèges, chorégraphie de Jean-Christophe Maillot, musique de Maurice Ravel, Grimaldi Forum de Monaco

 

© Hans Gerritsen

 

ƒƒƒ article de Emmanuelle Saulnier-Cassia

Le Grimaldi Forum de Monaco et les Ballets de Monte-Carlo proposent en cette fin d’année 2023 une soirée Ravel, comme un dernier hommage au centenaire de la naissance du Prince Rainier III qui affectionnait particulièrement la seconde des deux œuvres du compositeur, présentées dans leurs versions de ballet.

La Valse initialement conçue comme un poème chorégraphique pour piano seul, serait ces dernières années l’œuvre de musique classique la plus jouée dans le monde, dans sa version d’origine ou d’orchestre. Ravel avait souhaité dès le départ qu’elle soit dansée par les Ballets russes, mais Diaghilev opposa une fin de non-recevoir en dépit des discussions préalables à la Première guerre mondiale et de l’entremise de leur amie commune Misia en 1920 à laquelle il avait dédié sa composition. Ce n’est qu’une trentaine d’années plus tard que George Balanchine la chorégraphia à New-York, où elle fut créée en 1951 au City Center of Music and Drama. C’est cette chorégraphie entrée au Répertoire en 1975, qui est dansée par les Ballets de Monte-Carlo. Il s’agit d’un ballet néoclassique au sens propre et très classique au sens figuré, qui met en valeur traditionnellement les danseuses plutôt que les danseurs, dans des tenues scintillantes et longs gants blancs assez convenus et un décor minimaliste néanmoins très joliment éclairé. Aucune surprise ne surgit vraiment, mais l’ensemble est bien exécuté et les 90 musiciens de l’Orchestre Philarmonique de Monte-Carlo très enjoués sous la baguette de David Molard Soriano.

C’est la seconde œuvre de Ravel qui fait tout l’intérêt et la joie de cette soirée à Monaco. C’est d’ailleurs en son Opéra que L’Enfant et les sortilèges composée peu après La Valse, fut représenté pour la première fois, et non à Paris comme initialement prévu en 1925. Cette pièce opératique, généralement qualifiée de fantaisie lyrique, est en soi un petit bijou vocal que l’on a toujours autant plaisir à écouter, en compagnie ou non de jeunes auditeurs. Le livret écrit par Colette peut être perçu comme un brin moralisateur, mais la chorégraphie de Jean-Christophe Maillot, qui est une recréation d’une première version (de 1992) lui donne la distance nécessaire en valorisant en quelques sortes l’apprentissage de l’enfant, lequel renâcle à faire ses devoirs (le fameux air « J’ai pas envie de faire ma page »), ce qui suscite les réprimandes de ses parents et en retour une colère qui se déverse sur tout ce qui est à sa portée. Le chorégraphe des Ballets de Monte-Carlo, accompagné par les décors et costumes sublimes de Jérôme Kaplan, s’est emparé du récit qui met en scène la rébellion des objets et animaux tourmentés dans une sorte de cauchemar éveillé venant faire prendre conscience à l’Enfant, dansé par la délicate et gracile Ashley Krauhaus, de la gratuité de sa méchanceté passée et provoquer la découverte progressive de la différence entre le bien et le mal et in fine de l’empathie pour un écureuil blessé (« Il a pansé la plaie, étanché le sang ») et du retour à l’amour maternel (« Maman » est le dernier mot prononcé). Le chorégraphe a également eu l’audace d’ajouter en une sorte de prologue d’environ deux minutes, avant le Prélude, le tic-tac d’une horloge (présente dans l’irrésistible quatrième scène du « ding, ding, ding et encore ding… je ne peux plus m’arrêter de sonner ») qui vient introduire l’univers onirique du spectacle.

Les chanteurs solistes placés en bord de scène à jardin, viennent en sous-texte des tableaux tous plus enchanteurs les uns que les autres qui se succèdent à grande vitesse sur la scène du Grimaldi Forum, tandis que les cent choristes placés au balcon, à jardin et à cour, surprennent le public dès leur première intervention, et que le Chœur d’enfants (de l’Académie de musique et Théâtre Rainier III) en petites marinières émeut. On soulignera parmi les solistes en particulier les belles prestations des mezzo-soprano Cécile Madelin (l’Enfant) et Axelle Saint-Cirel (la Mère notamment).

Les duos de chats, trio de batraciens (au sein duquel, musicalement, s’insère une citation de la partition de La Valse entendue avant l’entracte), ensemble de tasses et théière, oiseaux et l’Arithmétique en personne sont quelques-uns des personnages dansés (et chantés en miroir) par une cinquantaine de danseuses et danseurs s’épanouissant incontestablement dans ce registre qui dispute la fantaisie à la technique. Une allégresse et énergie éclatantes se transmettent du plateau à la salle et on ressort, des paillettes plein les yeux, avec la sensation d’être revenue à son âme émerveillée d’enfant le temps d’une soirée magique à Monaco.

 

© Hans Gerritsen

 

 

La Valse, chorégraphie de George Balanchine

Musique : Maurice Ravel

Costumes : Karinska

Décors : Jean Rosenthal

Lumières : Mark Stanley

 

Durée : 30mn

 

 

L’Enfant et les sortilèges, chorégraphie : Jean-Christophe Maillot

Musique : Maurice Ravel

Livret : Colette

Assistant chorégraphe : Bernice Coppieters

Costumes et décors : Jérôme Kaplan

Lumières : Dominique Drillot

Vidéo : Loïc Van der Heyden

Dessins originaux : Ines Reddah

Perruquier : Sky Flores

 

Durée 45 mn

 

 

Grimaldi Forum

Salle des Princes

10 Avenue de la Princesse Grace

Monaco

 

Jusqu’au 23 décembre 2023

19h30

www.balletsdemontecarlo.com

 

 

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