À l'affiche, Critiques // Guerre et Térébenthine, mise en scène, scénographie, adaptation théâtrale de Jan Lauwers, MC93 Bobigny

Guerre et Térébenthine, mise en scène, scénographie, adaptation théâtrale de Jan Lauwers, MC93 Bobigny

Avr 10, 2019 | Commentaires fermés sur Guerre et Térébenthine, mise en scène, scénographie, adaptation théâtrale de Jan Lauwers, MC93 Bobigny

 

© Gwen Laroche

 

ƒƒƒ article de Théodore Lacour

C’est une fresque qui se déroule sous nos yeux pendant ces deux heures de la dernière création de la Needcompagny autour de l’adaptation du roman Guerre et Térébenthine de Stefan Hertmans. Emmenés par la verve et la liberté de Viviane De Muynck, nous suivons la vie ballotée du personnage de Hertmans ; balloté entre son état de soldat de guerre et son désir d’artiste peintre. Il sera copiste à un détail de tableau près…

Le théâtre est déjà là à notre installation. Nous entrons dans le salon puis arrivent des êtres dont nous ne savons pas s’ils jouent où s’ils sont simplement des humains prêts à nous délivrer fable et théâtralité comme cette infirmière décalée entre incarnation d’un personnage de composition et une figure d’actrice au travail. Le texte démarre et le plateau se révèle peu à peu à nos yeux : le concret d’un atelier où officie Benoît Cob en peintre et puis acteur, l’espace étroit et saturé de l’intime et de l’intérieur des êtres, de leurs aspirations puis un espace de la projection : la scène vide où les acteurs/danseurs/musiciens déploieront une magistrale séquence de restitution de guerre et de son absurdité qui pose finalement et de manière définitive un cadre de lecture à l’ensemble de la pièce.

La mise en scène se joue de la porosité des espaces par une « frise/rideau » en velours vert : rideau de théâtre par excellence, rideau à la couleur maudite, comme le vert des costumes de l’armée, le vert de gris de composants chimiques entrant dans la fabrication des peintures dont le père du héros finira par succomber.

Ballotés, nous le sommes aussi par les propositions de Jan Lauwers qui exploite, avec majesté et simplicité, tous les possibles de la représentation et des interprètes dans un incessant et fourmillant mouvement de temps, de vie et de mises en jeu. Depuis cet immense pantin articulé avec son visage de madone – des sept douleurs ? – proche des arts de la rue, à des scènes « réalistes » jusqu’à faire cuire un gâteau en passant par une « récitante » qui déroule la fable entre dire et lecture. Depuis un texte projeté comme le récit ou la pensée de la grande Histoire qui se déroule, à un espace restreint où l’on retrouve le champ de bataille d’un intérieur encombré de copies, de fantômes, d’êtres aimés morts ou en passe de l’être, en passant par une scène où des danseurs déploient une énergie foudroyante dans des corps à corps de danse contact d’une cruauté et d’un réalisme proche de la violence sur le terrain de la guerre.

Danseurs, musiciens, peintre ou acteurs sont imbriqués dans une construction où toute action vient bousculer d’autres propositions de manière à ce que personne ne soit assigné à une seule et unique place de cette fresque vivante. Même la narratrice devient personnage de ce dialogue entre art et guerre. On peut regretter que parfois le récit se perde dans une forme de saturation ou bien c’est que nous avons du mal à nous perdre nous-même dans le flot du siècle qui avance.

Jan Lauwers fait le choix audacieux de déployer le récit de l’intime du héros dans une mise en scène quasi réaliste collant au texte. C’est plaisant et presque dérangeant de se laisser « prendre » à ce procédé qui pourrait paraître mi-voyeur mi-suranné mais qui joue avec finesse par la distance, l’humour et la liberté des interprètes jusqu’à la mort du héros : « Comme une bête malade il est resté accroché les bras et les jambes à l’écart tel un animal posé sur une échelle et il a cessé de respirer et toutes les lumières dans sa tête se sont étreintes et dissoutes dans un espace obscur et inconnu… »

Et la frise/rideau s’ouvre à nouveau sur l’immensité de l’espace du plateau que tous vident des objets et du concret, de la violence domestique pour venir s’échouer à l’avant-scène au gré des vagues et de nos pensées sur un mini plateau cabaret tel le radeau de la Méduse.

 

© Maarten Vanden Abeele

 

Guerre et Térébenthine, d’après le roman Guerre et Térébenthine de Stefan Hertmans

Mise en scène, scénographie, adaptation théâtrale  Jan Lauwers

Avec Viviane De Muynck, Benoît Gob, Grace Ellen Barkey, Sarah Lutz, Romy Louise Lauwers, Elik Niv, Maarten Seghers, Mohamed Toukabri, Alain Franco, Simon Lenski, George van Dam

Musique Rombout Willems

Peintures et dessins Benoît Gob

Costumes Lot Lemm

Conception éclairages Ken Hioco

Son Ditten Lerooij, Dries D’Hondt

     

 

Du 09 au 10 avril 2019 à 20h00

Durée 2h00

 

MC93 Maison de la culture de Seine Saint-Denis / Bobigny

9 boulevard Lénine
93000 Bobigny

 

Réservations : +33 (0)1 41 60 72 72 

Du mardi au vendredi de 10h à 18h, et le samedi de 15h à 18h

Email : reservation@mc93.com

 

A ne pas rater également la pièce culte créée en 2004 : La cambre d’Isabella qui se jouera les 12 et 13 avril à la MC 93

 

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