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Ceux-qui-vont-contre-le-vent, de Nathalie Béasse, Cloître des Carmes, Festival d’Avignon (In)

Juil 21, 2021 | Commentaires fermés sur Ceux-qui-vont-contre-le-vent, de Nathalie Béasse, Cloître des Carmes, Festival d’Avignon (In)

 

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

 

ƒƒƒ article de Emmanuelle Saulnier-Cassia

Un spectacle de Nathalie Béasse est toujours une invitation au lâcher-prise. Ceux-qui-vont-contre-le-vent ne fait pas exception et cette première fois à Avignon en est une confirmation.

Une rumeur, des échanges verbaux, des invectives se font entendre derrière les gradins. Le brouhaha de spectateurs mécontents ? Non, simplement la famille, le clan de Nathalie Béasse qui arrive sur scène ou plutôt parmi nous, devant nous, pour nous faire constater leurs différents auxquels on ne comprendra rien, mais l’on sait qu’il n’y a rien à comprendre. Il suffit de se laisser porter, de sentir, regarder, écouter, palpiter avec les mouvements de la troupe.

Cinq femmes et trois hommes qui s’interpellent et se sermonnent en différentes langues, l’anglais et l’arabe surtout, et qui finiront au bout d’un certain temps par monter sur le plateau, déposer des tas de vêtements, les étaler, les voir miraculeusement glisser sur le sol, se replier d’eux-mêmes. Magique. Se changer et recommencer à s’interpeller. L’autre monde de Nathalie Béasse fait de parenthèses, de moments répétitifs, de silences, d’agitation. Une pulsation permanente, mais des changements de rythme constants et des sortes d’illusions d’optique.

Des mots sont échangés et pas des moindres, puisque ce sont des extraits de Flaubert, Rilke, Dostoïevski, Duras, Richter, qui s’enchaînent, rien de moins. Si on ne le sait pas à l’avance, ou que l’on ne reconnaît pas tel ou tel fragment d’une œuvre chère, l’on pourrait croire que ces paroles échangées sont d’un même auteur, tant la cohérence est parfaite. Mais en réalité, ce n’est pas le texte que l’on retient dans ce spectacle. Ce sont le mouvement, l’énergie, les couleurs. Eux seuls resteront gravés dans la mémoire des spectateurs. Comme cette table mise comme des amis la mettent un beau jour d’été sous des oliviers, jacassant de tout et de rien, sans prêter la moindre attention à l’un d’eux (en l’occurrence l’une), car il y a souvent un petit grain de sable dans une image qui paraît lisse. La table se soulève et engloutit chaque membre du groupe après que des lettres aient été lues à un ou des disparus.

Puis quand le plateau devient terrain de jeu, la joie s’empare des comédiens et du public dans une espèce de plaisir régressif, de joie primaire, comme cette scène des oranges qui tiennent en équilibre entre deux comédiennes déplacées sur un plateau à roulettes ; ou dans la scène des ballons, qui sont craqués, explosés de toutes les manières imaginables et non imaginables possibles. L’un saisit le talon de l’autre pour le planter dans le plastique tendu, l’autre mord dedans, des postérieurs se rapprochent et les corps de manière générale, au sol, assis, debouts dans toutes les positions possibles, certaines très érotiques et d’autres cocasses. Tout le monde rit, comédiens et publics en communion. Les enfants intérieurs qui se cachent souvent derrière le masque des adultes s’expriment dans leur dimension d’enfants joyeux et rebelles. Après les sauts d’eau balancés sur les cadavres de ballons crevés et transformant le plateau en scène glissante dont l’interprétation psychanalytique n’est pas difficile à trouver, le plaisir orgasmique s’arrête net. Un geste peut tout faire basculer, le geste surabondant, comme la parole de trop qui vient tout gâcher, alors que tout aurait pu être parfait et léger.

Ceux-qui-vont-contre-le-vent est le nom phrase de la tribu nord-américaine des Omahas. Elle pourrait être celui d’une autre tribu, d’un autre groupe, tout simplement le nôtre à chacun de nous.

 

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

 

Ceux-qui-vont-contre-le-vent de Nathalie Béasse

Avec : Mounira Barbouch, Estelle Delcambre, Karim Fatihi, Clément Goupille, Stéphane Imbert, Noémie Rimbert, Camille Tropème

Conception, mise en scène, scénographie Nathalie Béasse

Musique Julien Parsy

Lumière Nathalie Gallard

Décor Stéphane Paillard et Justin Palermo

 

Durée 1 h 30

Vu le 10 juillet 2021

 

Festival d’Avignon – In

Cloître des Carmes

www.festival-avignon.com

 

Tournée :

En novembre-décembre 2021 à Angers

En janvier 2022 à la Roche-sur-Yon, à Clermont-Ferrand

En février 2022 au théâtre de la Bastille à Paris

En mars 2022 à Lorient, à Strasbourg, à Lille

 

 

 

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