Elle ne paye pas de mine cette petite voiture électrique mais gare aux apparences !  Elle se révèle une redoutable partenaire pour les trois zozos qui forment son équipage, champions de l’à-peu-près en tout, en conduite comme en danse ou encore le maniement de ruban GRS (gymnastique rythmique et sportive). Customisée à donf, elle clignote de partout, un tuning d’enfer follement kitch il faut le dire, avec fleurs et gazon dans le moteur, et à défaut de tigre dans celui-ci, un chat. Ce dernier passant régulièrement de sales quart-d’heure. (Précisons pour les âmes sensibles qu’aucun animal, sinon les trois acteurs, n’a subi de mauvais traitements.) Quant à nos trois impétrants, deux filles et un gars, (Jennifer, Stéphanie et Jimmy), aussi customisés que leur voiture – on parle là de leur tenue vintage 80/90, survêtements et banane ventrale comprise – c’est à qui ratera le mieux sa prestation, soit une danse des plus dératée et déjantée qui ressemble autant à du hip-hop ou de l’aérobic que la danse des canard au ballet classique… Quant aux acrobaties, elles sont aléatoires sinon le plus souvent involontaires. Chapeau quand même pour la danse des rubans GRS c’est joli, vraiment, oui, fort drôle et étonnement réussi, même si on se demande ce que ça vient faire là… A vrai dire, au fil de cette performance bringuezingue la question ne se pose plus, pris que nous sommes, hilares, dans la mécanique infernale de ces trois clowns impassibles, ou presque, devant les catastrophes qu’ils provoquent sans coup férir.

Car cela dégénère très vite quand la compétition prend le pas sur la performance. Rivalité et jalousie sont au rendez-vous et cette voiture de devenir un instrument de vengeance implacable. Tous les coups sont permis, horions et doigts – sinon plus – dans les portières, la ceinture de sécurité s’avérant aussi un piège redoutable et l’ouverture d’un capot prémisse à une exécution en règle. On passe par-dessus la voiture et peu s’en faut, c’est à un cheveux prêt, par-dessous. C’est un festival de gags impromptus, ininterrompus, où la voiture devient une machine de guerre qui piège chacun à son tour. Et ce ne sont pas non plus, loin de là, des as du volant et on frémit d’une conduite souvent hasardeuse où ce volant est le plus souvent lâché que tenu et les dérapages si peu contrôlés à moins de viser sciemment l’élimination de son partenaire… Quant aux effets spéciaux, il y en a, qui tiennent davantage du bricolage et de l’illusion, les feux d’artifices de pétards mouillés. Mais ces trois-là y croient mordicus à leur spectacle, fiers à bras et bravaches, sérieux comme des papes, et tout passe crème qui s’enchaîne allègrement, sans temps morts, enfin juste le temps qu’il faut pour que cessent les rires du public.

Avec ça le chanteur (feu) Christophe est mis à contribution, ses chansons devenant leitmotiv incongru, idée aussi saugrenue que cette performance hautement burlesque où le ratage se révèle non une catastrophe mais un état naturel tant la maladresse et l’approximation malgré la volonté de bien faire devient ici un art à part entière. Du grand art même. C’est le rater, rater encore et mieux de Samuel Beckett appliqué à la lettre et consciencieusement. Bref, il y a du génie dans l’imaginaire azimuté de ces clowns qui du quotidien et de son absurdité font spectacle. La société protectrice de petites idées, tel est le nom de cette compagnie, à de la grandeur dans la petitesse des choses qu’elle réussit à rendre magistrales. Burlesque, slapstick, un côté circassien, non-sens et une bonne dose d’humour pince-sans-rire dans l’absurde absolu, c’est un moteur à explosion qui pour ce spectacle ayant pour héroïne une voiture électrique n’est pas le moindre des paradoxe.

Heavy Motors, par la Compagnie Société Protectrice des Petites Idées

Artistes, co-auteurs, technique : Nanda Suc, Aude Martos, Federico Robledo, Aleth Depeyre

Régie générale : Aleth Depeyre, Loïc Chauloux

Construction et conception mécanique : Ronan Ménard, Loïc Chauloux

Conception et diffusion du son : Maël Bellec

Création costumes : Héloïse Calmet, Aude Martos, Nanda Suc, Federico Robledo

Réalisation costumes : Héloïse Calmet

Tous les regards : Lucas Condró, Emilie Bonnafous, Chloé Derrouaz

Photo : © Michèle Legrand

Vu le 18 juillet 2026

Lycée Henry Bergson

75019 Paris

Programmation Festival Paris l’été : www.parislete.fr

Réservation : 01 44 94 98 00

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