Dans la cathédrale naturelle de Boulbon, une colonne de sons monte jusqu’au ciel, danseurs et musiciens fusionnent d’une même prière, Silence ! quand la parole est empêchée, le verbe se fait chair, pulsations, respiration dix artistes s’accordent au souffle comme un orchestre. Avant un concert, c’est toujours un la, qui résonne dans la salle et nous signale d’interrompre nos conversations. Les instruments s’ajustent. A Boulbon on écoute d’emblée la musique amplifiée de corps ramassés dans un fatras de fils, de percussions, de batterie, de vibraphone, de xylophone, de guitares et d’appareils électro acoustique.
Silence ! c’est parti, Lucie Antunes donne le la, claviers et baguettes à chaque main à la manière des chamanes pour qui le tambour ouvre accès à une autre dimension, celle de la transe, de l’extase, ces moments de conscience modifiée et de fusion collective.
Les danseurs s’élancent dans une chorégraphie circulaire vers la périphérie du cercle. Ils tournent, chacun dans son couloir de nage si l’on peut dire, et après chaque session musicale reviennent à leur axe central comme on fait le point en mer pour déterminer la position du bateau sur la carte marine. Le dispositif trifrontal donne l’illusion au public d’un vinyle qui tourne tant chaque danseur creuse son sillon avec une précision démoniaque. On pense aux marathons de danse pendant la grande dépression aux Etats Unis quand les corps deviennent des machines à danser pour survivre, compétition de l’extrême où les artistes n’ont conscience ni du temps, ni de l’espace. Chaque passage du microsillon appelle une modification du mouvement, prodigieux travail des mains fendant l’air, paumes écartées, pupilles dilatées, mouvements ondulatoires se propageant d’un danseur à l’autre avec d’imperceptibles modifications.
Les gorges râlent et s’étouffent, tremblements des jambes qui se propagent au corps entier, ces êtres hybrides se transforment de métamorphoses en métamorphoses comme s’ils voulaient avaler toute l’horreur du monde et quitter leur enveloppe corporelle.
On reste sans voix devant ces pauvres choses enroulées dans un voile noir au sol comme des animaux blessés qui se relèvent, se figent et s’élancent furieux.
A chaque partition musicale, le rythme change, les solos reptiliens à l’horizontale alternent avec des duos emboités sans que les corps se touchent, par la simple imposition des mains sur le bassin du partenaire, beaucoup de mouvements sont esquissés puis suspendus entre ciel et terre dans le silence d’une expérience extatique.
Lucie Antunes et Mathilde Monnier mettent le feu à la carrière Boulbon Magnéto Serge, on fait tourner les platines jusqu’au bout de la nuit, standing ovation du public, amplement méritée. Magnifique !

Silence, de Lucie Antunes et Mathilde Monnier
Composition, Musique & Chant : Lucie Antunes
Chorégraphie : Mathilde Monnier
Musiciennes : Lucie Antunes, Narumi Herisson, Laetitia N’diaye
Lumière : Éric Wurtz
Scénographie : Annie Tolleter
Costumes : Laurence Alquier
Photo : © Christophe Raynaud de Lage
Performeur·euses & Musicien·nes : Hans Peter Diop, Martin Enrique Gil, Thiago Granato, Lucia Garcia Pulles, Sophia Seiss, Carolina Passos Sousa Et Judit Waeterschoot
Du 05 au 08 juillet à 22h
durée 1h20
Carrière de Boulbon
13150 Boulbon
Réservation : 0490141414
Festival-avignon.com
Tournée 2026 :
2 – 4 octobre, Théâtre de la Cité internationale, Paris
16 – 17 octobre, Maison des Arts de Créteil
21 – 23 octobre, Cent quatre à Paris (festival d’automne)
3 et 4 novembre, Comédie de Valence
13 – 14 novembre, théâtre-Sénart, Scène nationale
18 novembre, l’Archipel, Scène Nationale de Perpignan
12 décembre, les Quinconces, Scène Nationale du Mans

