Ils ne sont pas douze mais 8 travelos, oui, 8 créatures et de la plus belle eau. Bon, ce soir-là il en manquait deux mais qu’importe. Entre glamour, kitch et trash, complétement déjantées, loin de l’image de la dragqueen attendue, et c’est peu de le dire, ils savent tout faire, et fort bien, chanter, danser, improviser. Chaque chanson est prétexte à sketch, improvisation en roue libre, plus ou moins maîtrisée, hilarante et qui dépasse et de loin le format habituel. On s’attend à une chanson de 5 minutes, 20 minutes plus loin on y est encore, à hurler de rire de cette faconde infernal, cette tchatche surréaliste parfois, où tout est prétexte à digression, esprit d’escalier et coquecigrue. Le torch-song revisité à leur sauce épicée devient morceau d’anthologie. On ne sait vraiment pas où cela va mener mais on est littéralement scotché devant ce bagout monstre, insolent et d’une liberté totale. Complices, une amitié qui dépasse visiblement le cadre du cabaret, ils s’envoient autant de fleurs que de vacheries, le public pris à témoin quand il n’est pas engagé malgré lui, et sans rechigner. Façon de faire transition entre chaque numéro ainsi reliés sans rupture, heureuse idée d’une mise en scène délirante et collective où l’irrévérence est reine, l’impertinence royale, et nul n’est épargné, pas même eux dans un exercice d’autodérision hilarant. C’est d’une salutaire insolence qui ose tout pour remettre à l’endroit, enfin presque, tout ce qui va de travers en ce monde déliquescent. Patriarcat, sexualité, autorité, politique, masculinisme, tout passe au laminoir libertaire de ceux-là et c’est un sacré et joyeux jeu de massacre, un chamboule-tout aussi joyeux, transgressif qu’explosif. Et ça fait du bien, un bien fou vraiment. Chansons iconiques revisitées à leur sauce relevée, fortement poivrées, chansons réalistes parodiées avec génie, ode au sexe (et en latin de cuisine en ouverture de ce cabaret), hymne à la fellation (repris en chœur et sans honte aucune par les spectateurs), supplique aux CRS (« repends toi ») d’une brûlante actualité, un hommage étonnant au tourlourou Ouvrard (en robe lamé pour uniforme et Gabrielle pour épaulettes)… et d’impeccables chorégraphies empruntées aux chorus girl comme au chahut montmartrois, avec ce je ne sais quoi ici de foutoir et de parodique dans la rigueur comme un hommage pudique mais sincère au music-hall dont ils sont les enfants bâtards et insolents. Ce sont des clowns, des augustes et sous le maquillage outrancier – ça bave, c’est à la truelle ou d’un glamour parfait, c’est selon – comme derrière un nez rouge, ce plus petit masque de tragédie, ce qui se dit là est d’importance pour pointer du doigt et de leurs ongles au demeurant fort bien laqués, l’intolérance rampante et rance qui ne se cache plus désormais pour stigmatiser les minorités. Derrière leur pseudo et sous le fard qui dégueule, les paillettes et perruques en bataille, du haut de leurs talons effilés, ce sont des artistes non seulement talentueux, ô combien, mais foncièrement engagés, célébrant la différence et l’altérité, ce wokisme qui ne veut riendire honni de la réaction libérale et populiste. Queens en leur royaume, le cabaret, lieu de toutes les heureuses outrances et transgressions salutaires, ce qui se dit là, dans cette affirmation d’être « folle », non provocation mais liberté et fierté d’être, c’est faire la nique bravache, un bras d’honneur à tous les conservatismes fascisants.

Avec : Françoise Hardly, Frau Hein Rita Krau, Klaude, Coco Mojito, Chippo, Demonia Richard, Miss Blue Berry
Vu au Cirque Electrique 17 juillet 2026
Les Travelos d’Hercule fêteront leurs 10 ans à la Nouvelle Eve en février 2027

