Casting Lear est une adaptation, par Andrea Jiménez, du Roi Lear de Shakespeare, une adaptation à la fois étrange, parfois gênante, le plus souvent surprenante et drôle. Voire intéressée, Andrea Jiménez ayant toujours ressenti dans Le Roi Lear comme une sorte d’écho à son histoire personnelle, avec un père tyrannique voulant que sa fille préférée se plonge dans une carrière des plus sérieuses et rémunératrices puis rompant tout contact avec elle lorsqu’elle lui avoue son désir de se plonger vers le monde sombre du théâtre. Ce spectacle, créé en avril 2024 a reçu deux Prix Max l’année suivante, celui du meilleur spectacle et celui de la meilleure adaptation. Andrea Jiménez sait nous emporter, nous emberlificoter, et nous sommes face à une présentation personnelle et un rien plongée dans un égoïsme amusant et réclamé. Cela fonctionne très bien. Shakespeare doit bouder dans son coin, c’est évident, tout n’est pas suivi à la lettre, non, il n’y a que trois personnages sur scène, dont celle qui est à la fois Cordelia et Andrea Jiménez elle-même, c’est dire, et surtout, chaque soir, un Roi Lear différent. En effet, tous de merveilleux et « fort avancés » comédiens ayant accepté cette aventure. Ils ne connaissent pas le texte revu, qui leur est directement « soufflé » par une oreillette et le non moins magique Matthieu Luro. Ils ont accepté de se lancer chacun pour un soir dans cette histoire fraîchement revue, illustrant les liens père-fille, d’après ceux de Lear et Cordelia.
Ce soir-là Marcel Bozonnet était Lear, le roi puissant et ruiné. Andrea Jiménez dirige, impose, et nous sommes face à l’immense difficulté de communication entre un père et sa fille, le mystère entier que peuvent inspirer l’amour et la colère. Andrea Jiménez nous explique tout, nous ferait presque monter sur scène pour participer pour de vrai ou plus profondément à ces échanges tumultueux. Elle fait l’andouille, nous éclatons de rire, puis un grand plongeon shakespearien vers une contemporanéité claire et splendide qui mêle, multiplie les émotions. Andrea-Cordelia donne des infos devant nous à son Roi Lear d’un soir, pour qu’il ne bouge plus du tout et retienne correctement ses pieds puisqu’il est mort. Elle explique, recommence à expliquer pour finir en expliquant qu’elle va beaucoup expliquer. Elle donne un petit coussin à Marcel Bozonnet pour qu’il soit bien installé pendant qu’elle parle au public. Andrea Jiménez parle trop. On se laisse avoir au début, cela fonctionne et elle y croit aussi, mais elle est très heureuse de voir que cela fonctionne bien, alors elle en rajoute. Dix minutes de trop, dix minutes où l’envie d’aller lui taper sur l’épaule pour lui dire stop est de plus en plus grande, dix minutes négatives et dont on entend ensuite plusieurs personnes s’en plaindre à la sortie du théâtre. Lui offrir un sécateur serait une bonne idée.
Casting Lear est quoi qu’il en soit un travail puissant et drôle qui pousse à l’auto réflexion, une impression d’être chez un psy efficace. Des pères pourront rirent dans la salle ou bien se barrer en douce, d’autres seront victorieux, au paradis. Pour monter ce spectacle, Andrea Jiménez a lu et relu Le Roi Lear, dans toutes les versions possibles et dans plusieurs langues, plusieurs adaptations. Elle avoue que « Plus je le lisais, plus je me reconnaissais dans cette histoire, ainsi que mon père. J’avais l’impression qu’il m’interpellait de manière très concrète et que la pièce recélait un mystère que je devais percer à jour. »

Casting Lear est une belle recherche sur la question du pardon, pardonner à ce père surpuissant pour tenter de trouver un peu d’amour quelque part ? Pour s’en libérer, en ne multipliant plus les cadenas ? Andrea Jiménez pardonne-t-elle à son père ? Le rend-elle victorieux ? Est-ce elle qui a enfin trouvé une voie positive et salvatrice ? Les derniers mots sont ceux de Barbara, qui résonnent et surprennent ici avec Nantes. Une profonde tristesse est là, oui.
Créé le 11 avril 2024 au Teatro de la Abadía de Madrid
Vu le 10 septembre 2026
Photos de Bárbara Sánchez Palomero
Du 10 au 18 septembre 2026
Durée du spectacle : 1h20
Théâtre de la Ville-Les Abbesses
31, rue des Abbesses
75018 Paris
Réservations : 01 42 74 22 77
www.theatredelaville-paris.com
Tournée 2026-2027
20 et 21 juillet : Avant premières au Théâtre Garonne
24 et 25 juillet : Festival d’Avignon In
19 et 20 novembre : Bonlieu, scène nationale, Annecy
13 -17 janvier : Teatro de la Abadia, Madrid

