Le regard de la crevette. Ce n’est pas très facile à imaginer. Et pourtant il existe, il peut être profond, large et lumineux, parfois sinistre oui, bien sûr, cela fait partie du comportement de la crevette. Cela va de soi. Et donc, pour en savoir un peu plus sur la vie des crevettes, Histoires de crevettes nous raconte tout de a à z, ou presque, au Théâtre du Rond-Point. Jusque fin septembre plusieurs centaines de bestioles roses s’y attèlent.
Elles trichent un peu ces crevettes, parce que même si on les voit papoter, déjeuner en famille, danser et chanter, s’envoyer en l’air ou jouer au billard, être éboueurs, charcutières, faire le plein d’essence tard le soir ou – et c’est beaucoup moins amusant – être déportées, ce sont des marionnettes. Enfin, de vraies crevettes, mais séchées, transformées, et entourées parfois de marionnettes, dans un univers de décors fascinants. En arrivant dans la salle Renaud-Barrault la surprise est là : on attendait une salle vaste et vide, eh bien non, elle est remplie d’ateliers surchargés de mini décors justement, d’outils bizarres, et l’envie d’aller y farfouiller est immense. Il faut attendre un peu et tout commence, grâce au travail des membres permanents d’Hotel Modern, Herman Helle plasticien et interprète, les comédiennes et créatrices Arlene Hoornweg et Pauline Kalker, que le compositeur Arthur Sauer a été invité à rejoindre. Tout prend vie, et des scènes très courtes, toutes petites, parce que ce sont bien des crevettes qui jouent, filmées en direct, tout étant visible sur un écran géant. Entre théâtre et performance, le rire s’installe confortablement, presque tout du long, et on ne sait plus s’il faut juste avoir les yeux rivés sur l’écran tout en haut ou parfois les laisser descendre pour saisir le travail de cette fine équipe brillante et déjantée.

Au début, Histoires de crevettes devait être une série télévisée humoristique, où ces crevettes comme devenues libres, incarneraient le rôle des êtres humains. Et raconteraient tout, les cafteuses. Et puis le côté, entre autre, très amusant des yeux des fameuses crevettes a donné l’idée d’une pièce de théâtre. Et les sujets de cette pièce pour les crevettes comédiennes, vont être l’humanité, de l’accouchement au cimetière. Voire même l’espace, les religions (on attend un Dieu crevette, pourquoi pas, dans un prochain épisode). Bref, la Terre, et tous ce qui s’y passe, représentées par ces aimables bestioles.
C’est bien de nous que ces Histoires de crevettes tirent toutes leurs histoires qui nous font rire et sursauter. Elles doivent avoir trouvé de jolis et efficaces miroirs qu’elles tournent vers nous. « Vous trouvez ça drôle bande d’humains ? On se moque de vous, et efficacement ! » pourraient-elles nous dire. Une sorte d’universalité sort de ces nombreux et courts épisodes. Les crevettes nous montrent tout, ou presque, elles ne voulaient pas nous garder trop longtemps, même si elles débordaient d’idées, toutes plus brillantes les unes que les autres.

Histoires de crevettes ligote le spectateur, dans un sens très positif, et c’est tout s’il ne devient pas crevette lui-même, pour tenter de fuir l’image humaine qui en prend plein la figure. L’humain qui comprend combien il peut faire du mal à tout ce qui bouge, remue, lui en premier. Combien il peut démanger la Terre, tous les bons dieux, de souffler un bon coup pour les remplacer par des crevettes. Mais, hélas, ces andouilles suivraient le même chemin. Hélas. Le côté négatif est clair et net, mais l’amour est là aussi. Ces crevettes cherchent à nous faire réfléchir un peu sur notre comportement, sans aucun doute. Et, très, très optimistes, à nous faire aimer les uns les autres. Les crevettes savent décorer leur appartement mais oublient que les humains les ont fait sécher et les manipulent pour qu’elles croient nous faire plus avancer vers la paix. Pauvres crevettes.
Histoires de crevettes
Création et interprétation : Pauline Kalker, Arlene Hoornweg, Herman Helle
Création, composition et musique en direct : Arthur Sauer
Assistanat plateau : Marsha Agerbeek et Ineke Kruizinga
Technicien son : Joost ten Hagen
Technicien lumière : Pablo Strörmann
Photos : © Sofie Knijff
Avec Pauline Kalker, Arlene Hoornweg, Herman Helle
Du 18 au 27 septembre 2026
Durée du spectacle : 1h10
Salle Renaud-Barrault
Du mardi au vendredi à 19h30
Dimanche : 15h
Samedi 19 septembre, 15h30 et 21h
Relâche lundi 21 septembre et samedi 26 septembre
En tournée : Les 2 Scènes, à Besançon, du 27 au 29 avril 2027
Théâtre du Rond-Point
2bis, avenue Franklin D. Roosevelt
75008 Paris
Réservations : 01 44 95 98 21
www.theatredurondpoint.fr

