A l’impossible nul n’est tenu et pourtant ces deux-là s’y tiennent qui, amoureux de la chanson française, ont puisé dans un vaste répertoire devenu peu ou prou des classiques. Chansons impossibles, qu’est-ce à dire ? Chansons idiotes, connes, absurdes, burlesques, sentimentales ou de culs, poétiques, tristes, à crever de rire… Rimes riches ou pauvres, jeux de mots ou figures de style, coquecigrues et billevesées, c’est kif-kif bourricot pour exprimer au mieux, au premier degré ou au cinquième, combien certains auteurs sont loin d’avoir la goutte à l’imaginative en ce domaine quelque peu prolixe. Vincent Gaillard et Flannan Obé sont en bien en peine de s’accorder sur une définition commune. En frères ennemis de la chansons qui ne cessent de se chamailler, de pinailler sur ce qu’il convient de chanter, et comment le chanter, à qui trouvera la perle impossible qui mouchera le comparse, vrais complices et faux rivaux, ils déroulent avec un talent monstre un registre éclectique aussi hilarant que pathétique, l’un n’allant pas sans l’autre parfois, malheureusement. Quand ils ne le pastichent pas parce que franchement, Berthe Sylva aujourd’hui, que nous l’aimions ou non, c’est quand même mission impossible. Des années d’avant-guerre, première et deuxième, aux années 9O, de Dranem (« Nous nous plûmes » que repris Marie-Paule Belle, qui interprétât Françoise Mallet-Joris que nous retrouvons ici également avec l’inénarrable « Mais où est-ce qu’on les enterre ?) à Fatal Bazouka (« J’aime trop ton boule »), de Berthe Sylva donc (« Mon vieux Pataud » qui fit tant chialer dans les chaumières) à Richard Gotainer (« le Youki », histoire de chien là encore), c’est un florilège épatant que nos deux comparses explorent avec une gourmandise évidente et un sérieux tout relatif, le sourire toujours en coin, de ceux qui ne s’en laissent pas conter. Francis Blanche, Fernandel, Bourvil, Bobby Lapointe (ah, Flannan Obé en fée, parfait), Nougaro, Desnos, Philippe Katerine sont là aussi qui en la matière d’absurdie en connaissaient tout un rayon, en avaient sous la cafetière. Et les chouchous de Flannan Obé, fondu d’opérette, Francis Lopez et Georges Guétary sont de la partie. Oui, parce que dans le genre, l’opérette n’est pas en reste pour les chansons impossibles, à commencer pour nos esgourdes (enfin je dis ça je dis rien). Vincent Gaillard, lui, penche plutôt pour l’absurde et l’idiotie qui lui vont comme un gant. D’ailleurs la recette du Gloubich dont il est l’auteur démontre tout l’étendue de son talent de parolier qui n’a rien à envier à ses pairs… Et quand Flannan Obé, parodiant les torch-song, chante les louanges d’un poulet d’élevage vite boulotté, une chanson de Philippe Katerine, on comprend bien que l’interprétation sinon la performance fait tout le sel et le poivre de ces chansons immarcessibles. Et à ce jeu-là ces deux énergumènes, ajoutant une touche d’humour queer, démontre toute l’étendue de leur talent d’interprètes ainsi capables de faire passer ces scies impossibles pour des chefs-d’œuvre absolus du répertoire. Ce qu’elles sont, preuve ici en est faite, indubitablement.

 Chansons impossibles, de Berthe Sylva à Fatal Bazooka, conception et mise en scène de Vincent Gaillard et Flannan Obé

Avec Vincent Gaillard et Flannan Obé

Jusqu’au 24 juin 2026, tous les mercredis à 19h

Théâtre Essaïon

Réservation : 01 42 78 46 42

www.essaion-theatre.com