Ce soir, à la Maison des Métallos, ce sont deux pièces de danse qui nous sont présentées : C’est toi qu’on adore et Pode Ser, de la talentueuse Leïla Ka dont le langage chorégraphique éblouit depuis 2018. En un duo et un solo, elle déploie avec ses interprètes une partition intense, aussi hypnotique qu’émouvante. La singularité de ces pièces tient dans la répétition de mouvements saccadés liés par une fluidité d’ensemble qui nous racontent la dialectique insurmontable entre la difficulté d’être soi dans une société normée et l’importance vitale de s’émanciper.
La soirée s’ouvre par C’est toi qu’on adore, qui voit deux femmes, aux prises avec un ennemi invisible qui les empêche d’avancer, les met à terre, les domine malgré toute l’énergie qu’elles mettent dans leur tentative d’aller de l’avant. Dans un rythme haletant et une synchronisation rare, les deux danseuses se livrent à une horlogerie itérative qui sonne comme un infatigable cri du corps. Elles se débattent, s’effondrent, se relèvent, s’immobilisent comme des animaux traqués. Et malgré les coups qu’elles semblent recevoir, un élan vital les porte irrémédiablement. Salomé Moro et Inès Lopez, connectées comme rarement, dansent un véritable acte de résistance, qui ne peut que nous rappeler la sororité nécessaire dans la lutte contre le système patriarcal et les violences faites aux femmes. Elles sont ici deux, mais à travers elles, ce sont des dizaines, des centaines, des milliers de femmes auxquelles Leïla Ka rend hommage à leur force, à leur courage, à leur persévérance.
Après la déflagration enivrante de C’est toi qu’on adore, Pode Ser arrive presque comme un baume au cœur. Au centre de la scène, dans un simple rond de lumière, une femme seule, vêtue d’une robe en tissu léger, nous magnétise le temps d’un solo parfaitement maîtrisé et particulièrement émouvant. En réponse au tableau précédent, il est aussi question d’émancipation, mais dans un esprit plus introspectif, plus doux. Si avec C’est toi qu’on adore le combat semblait avoir lieu contre un ennemi extérieur et dangereux, Anna Tierney illustre avec Pode Ser un combat intérieur, intime face à la difficulté d’être soi. Par de petits mouvements d’abord, elle teste les frontières limitantes du carcan dans lequel l’enferment les stéréotypes. Progressivement, portée par une bande-son étonnante ou détonnante, elle se détend, s’étend, se libère. Cette robe rosée, légère qui n’est pas sans rappeler nos robes de fillettes qui nous tiraient des : « regarde comme elle tourne bien ma robe, maman ! » tournoie, tournoie, tournoie, fait valser les clichés jusqu’à les faire voler en éclat. L’âme et le corps se retrouvent alors en osmose dans ce sentiment libérateur d’être enfin devenu soi-même.

Au final, ces deux pièces entrent totalement en écho l’une de l’autre et on ne peut rester indifférent tant elles nous subjuguent par leur puissance métaphorique. Portées par une bande-son aussi surprenante qu’impactante, elles nous marquent par leur côté brut et l’infinie tendresse et admiration qu’elles distillent aux femmes de partout et de tout temps.
Pode Ser et C’est toi qu’on adore, de Leïla Ka
C’est toi qu’on adore
Chorégraphie : Leïla Ka
Interprétation : Salomé Moro, Inès Lopez
Création lumière : Laurent Fallot
Régie lumière en alternance : Laurent Fallot, Clara Coll Bigot
Régie son : Rodrig De Sa
Pode Ser
Chorégraphie : Leïla Ka
Interprétation en alternance : Mariana Faria, Anna Tierney
Création lumière : Laurent Fallot
Régie lumière en alternance : Laurent Fallot, Clara Coll Bigot
Photos : © Laurent Philippe
Du 24 au 28 mars 2026
Mardi, mercredi et vendredi à 20h30
jeudi à 19h
Samedi à 19h30
Durée : 1h
Maison des Métallos
94, rue Jean-Pierre Timbaud 75011 Paris
Réservations : 01 48 05 88 27
www.maisondesmetallos.paris

