Un terrier raconte une histoire belle, forte et puissante, celle d’Anne Leterrier, adoptée à l’âge de trois mois après avoir été déposée sous X. Le titre est un jeu de mot avec son nom, qu’elle souligne et dont elle s’esclaffe, comme elle le fera très souvent au cours de son spectacle. Un bébé de trois mois est donc arrivé il y a un peu plus de trente ans au sein d’un joli couple, très heureux mais ne pouvant avoir d’enfant. Ce type d’adoption est donc choisi, la vie est belle, et le bébé fête un jour ces vingt-cinq ans, plus ou moins, elle sait qu’elle a quelque part une « vraie » maman et a enfin accès à toutes les pièces de son dossier, et notamment à une lettre de la jeune femme l’ayant… abandonnée. Ou n’ayant pas eu d’autre choix. Et donc elle va chercher à rencontrer cette femme. D’abord un échange de lettres, puis un café et enfin deux mères.

Anne Leterrier décrit ses doutes, cette immense nécessité qui est apparue au travers d’un chemin apparemment léger, libre et équilibré. Abandon, adoption et paroles de l’adoptée se conjuguent, vont et viennent, de haut en bas, apparaissent, disparaissent, rebondissent, se mélangent parfois. Ici ou là Un terrier confond légèrement les personnages réunis par d’Anne Leterrier. « Qui parle ici ? » est une question qui trop souvent apparaît, réglée très vite mais on sent Anne Leterrier au plein milieu de tout, forcément, un peu perdue elle aussi, allez savoir ? La voix de sa mère adoptive résonne par contre régulièrement, et là, de la vérité, nette, la voix d’une mère parlant de sa fille. Adoptée, oui, et alors ? Trente-neuf mois d’attente au lieu de neuf, une ultra mère pourrions-nous dire… 

Un terrier ressemble à une véritable étude sur l’adoption, amusante, dans laquelle Anne Leterrier cherche, à travers un humour parfois un peu trop facile ou redondant, à se raconter. A remercier aussi, peut-être, à assurer de son amour ceux qui l’ont construite, après une vraie recherche, un espoir immense auxquels se sont accolés toutes les histoires d’un gamin dans sa famille. En fait les spectateurs sont des amis d’Anne Leterrier et elle leur raconte tout, elle leur pose des questions aussi, en leur offrant un peu de thé. Pas de face à face, non, du tous ensemble. On sent la nécessité qui a due apparaître au fil des années de se raconter, de faire le point, de savoir qui est qui, pourquoi, comment. Oui, on peut voir ce spectacle comme assez léger ici ou là, il est en fait vrai, honnête, nécessaire. Il ressemble à un pas en avant. Une explication de cette volonté de retrouver sa mère naturelle, un éclairage supplémentaire vers l’amour de sa mère adoptive. Un terrier fait réfléchir sur l’adoption, sur les pourquoi renoncer, pourquoi se lancer. L’amour est-il une histoire de gènes, de peluches ? Des lenteurs, du trop facile ? Mais l’impression apparaît au fur et à mesure qu’un immense merci veut se faire place sur scène. Anne Leterrier joue d’elle-même, cultive les éclats de rire mais de temps en temps un éclair de sérieux apparaît dans son regard. Larmes express ? Pourquoi pas, en tout cas l’exemple d’une adoption réussie, une femme heureuse et sûre d’elle-même, qui se raconte sans doute pour elle, oui, pour ses parents, bien entendu, et peut-être pour celles et ceux qui ont été adoptés, ceux qui ont adoptés.

Un terrier, texte et création musicale : Anne Leterrier

Mise en scène, scénographie et création lumières : Anne Leterrier & Diane Vaicle

Accompagnement à la création : Mickaël Délis, Michel Bruzat, Sylvain Maurice

Régie son : Erwan Morisse

Chœur et soutien de chœur : Estelle Meyer, Anna Jouan, Bele Bopp, Diane Vaicle, Dorothée Leclair, Lauranne Callet, Marine Lombard, Coralie Borghi, Camille Derijard

Avec : Anne Leterrier

© Photos de Patrice Leterrier

7, 8, 14 et 15 avril à 21h

21, 22, 28 et 29 avril à 21h

Théâtre La Reine Blanche

2 bis, passage Ruelle, 75018 Paris 

www.reineblanche.com