« Ce n’est pas toi qui m’interprètes, je vais te montrer le chemin pour me comprendre. Je prends la responsabilité de dessiner l’image que le monde aura de moi » affirme Chiara Bersani, 98 cm, atteinte ostéogenèse imparfaite modéré. Dans cette nouvelle performance, après la beauté de Seeking unicorns vu au Rencontres chorégraphiques internationales de Seine St Denis en 2021, Chiara Bersani signe son retour avec Sottobosco. Encore une fois nous sommes bluffés par cette présence hors-norme, non par ce corps défait par la maladie, mais par cette capacité à s’imposer, imposer un regard franc sur ce corps qui se meut à sa façon, une lente reptation, nous affranchissant au final de tout voyeurisme, nous libérant de tout clichés. Encore une fois il se passe peu de chose sur ce plateau jonché de Marshmallow, qui n’est pas sans rappeler la scénographie de Peter Pabst pour Pina Bausch, les œillets de Nelken, et pourtant nous sommes littéralement pris dans les rets d’une proposition radicale, une mise à nu du handicap, de ses difficultés et de son interaction, ici symbolique, avec la société. Chiara Bersani n’est pas seule sur le plateau où l’accompagne la danseuse Elena Sgarbossa qui ne porte, elle, nul handicap. Et c’est dans le contraste de ces deux corps dissemblables que s’inscrit cette performance où chacune à leur façon traverse le plateau, métaphore d’une forêt qui les voit errer, perdues, et s’acheminant lentement l’une vers l’autre.

Il ne se passe rien donc, ou si peu , mais l’important est dans la rencontre intense, la profondeur d’un échange de deux corps bientôt solidaires dans ce cheminement et qui finiront, question de survie, par faire communauté. Jusqu’à se fondre l’une en l’autre pour ne faire qu’une seule entité gémellaire. Etrange métamorphose, sublime vision rejoignant l’image d’une chimère et qui efface subtilement toute différence. La lenteur voulue et accusée, et il ne pourrait être autrement, oblige à ne jamais détourner le regard et désamorce toute obscénité. Ce qui se dit là avec tant de poésie et de douceur est d’importance qui souligne la difficulté d’être en situation de handicap, au-delà du regard porté sur lui, l’isolement qui en découle, la violence même, et la nécessaire solidarité entre invalide et valide qui effacerait tout préjugés. En invitant sur le plateau et pour l’accompagner dans cette performance quelques personnes du public, en situation de handicap visible ou invisible, où chacune échange quelques gestes chorégraphiques, Chiara Bersani fait basculer soudain cette performance dans une réalité brute dépassant son simple cas particulier et inscrit de fait le handicap et ses problématiques irrésolues dans le champs du politique.

Sottobosco, création et texte de Chiara Bersani

Avec : Chiara Bersani et Elena Sgarbossa

Dramaturgie sonore : Lemmo

Régie lumière, décor et direction technique : Valeria Foti

Costumes : Ettore Lombardi

Dramaturgie : Chiara Bersani, Giulia Traversi

Conseil artistique : Marco d’Agostin

Assistante et tournée : Simone Chiacchiararelli

Photo : © Alice Brazzit

Vu le 19 février 2025

Carreau du Temple

2 rue Perrée

75003 Paris

Réservation : 01 83 81 93 30

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pour la programmation du Festival Everybody : www.carreaudutemple.eu