Au tout début de ce seule en scène, dont le titre Sans faire de bruit, est tout à fait résonnant sans le paraître, on se demande ce que Louve Reiniche-Larroche et Tal Reuveny veulent nous dire. Louve Reiniche-Larroche s’offre aux voix des membres de sa famille, qui, à travers elle, à travers sa bouche soudainement métamorphosée, vont raconter la soudaine perte de l’audition de sa grand-mère, ou de leur épouse, mère, arrière-grand-mère, c’est selon. On se demande quel est le sens exact de ce jeu étrange. L’ingénieur du son, Jonathan Lefèvre-Larroche a certes mis au point un très bon travail, ces voix sans images prennent place parfaitement, mais pourquoi évoquer ainsi le débarquement d’un handicap si fort dans une vie quotidienne, des vies quotidiennes plutôt, chacun se plongeant dans ses souvenirs. On peut imaginer qu’une sorte de « jeu » est mis en place face à un handicap incompris…
Cette jeune grand-mère est devenue totalement sourde, du jour au lendemain presque, et chacun parlent, leurs voix enregistrées s’évadent depuis Louve Reiniche-Larroche qui se métamorphose pour chacun, leur offre légèreté et puissance. Nous sommes pris peu à peu dans cette histoire, dans ces images… invisibles. Au tout début de Sans faire de bruit une surprise s’installe, cet album sonore nous ennuie, un presque tout puissant « et alors » tente de sonner à notre porte. Pourquoi tenter de rire avec une chose pareille ? Où veut-elle en venir ? Et alors ? Des grognements s’approchent, ont l’impression qu’on souhaite se moquer. Non, non, non… Louve Reiniche-Larroche nous ouvre la porte peu à peu. Elle nous plonge avec une force grimpante pourrait-on dire dans cette histoire vraie. Elle montre le poids du handicap sur celle qui le porte, sur ces proches, elle évoque l’avant, l’après, sur les modifications imposées et sur ce qui est resté identique, plus ou moins. On comprend la force de la surdité.
Ces voix que cette Louve Reiniche-Larroche porte, pour nous, cette femme au visage couvert d’un abat-jour un instant, et dont juste les mouvements sont offerts, le visage racontant plus tard bien sûr, ces voix donc disent ce qu’a pu faire naître chez chacun cette disparition. Elles disent ce que sont, ces voix. Elles le montrent presque, c’est très surprenant. Et ce qu’on pouvait prendre pour un jeu étonnant sur une telle histoire n’en n’est pas un, bien au contraire.
Sans faire de bruit, au titre net et on ne peut plus évocateur, et qui a remporté le Prix du Jury Impatience 2024, offre un soutien à ce handicap, les voix semblent apparaître, montrer le lien si fort avec cette femme de chacun des membres de cette famille. La surprise grognante du tout début s’est envolée, cet album sonore nous plonge, avec une force folle, dans une histoire qu’on ne saisissait pas tout à fait, à laquelle on ne s’attendait pas. Sans faire de bruit montre le poids du handicap sur celui qui le porte, sur les autres. On comprend la force de la surdité, sa solitude, sa proximité. Les images et les sons ensembles et éloignés, les mouvements des lèvres très légèrement séparés des voix. La beauté de ce spectacle naît aussi par ça, montrer l’isolement de cette femme handicapée, sur une autre planète, la même que ses enfants, petits-enfants, avec un parallèle indéfini dans lequel résonne l’amour, les mains tendues, l’éloignement. Un parallèle indéfini, oui, et douloureusement net. Le handicap semble compris. C’est la première création de Louve Reiniche-Larroche et Tal Reuveny. Comment seront les suivants ??

Sans faire de bruit, de Louve Reiniche-Larroche et Tal Reuveny
Mise en scène : Tal Reuveny
Interprétation : Louve Reiniche-Larroche
Musique originale : Jonathan Lefevre-Reich
Création lumière : Louise Rustan
Scénographie : Goni Shifron
Création d’objet : Doriane Ayxandri
Création lumière : Louise Rustan
Régisseuse générale : Juliette Mougel
Production-diffusion : Caroline Berthod – Aventurine & cies
Administration : Pauline Raineri
Production : Compagnie NACHEPA
© Photos de Fred Mauviel
Du 29 au 31 janvier 2026
Séances scolaires vendredi 30 janvier, à 10h et 14h
Durée du spectacle : 1 heure
Dans le cadre du Festival Les Singulier·es
Samedi 31 janvier à 17h30, surtitrage adapté pour les personnes sourdes
Avec le soutien financier de l’Association Beaumarchais-SACD, la Ville de Paris et la Spedidam
Cent Quatre
5 rue Curial
75019 Paris
Réservation : 01 53 35 50 00
www.104.fr
billeterie@104.fr

