Quelle Aurore, où comment sur un tapis de marche Soa Ratsifandrihana et Bonnie Banane se réinventent en tik-tokeuses acharnées. Vêtues comme des lolitas bling-bling sorties d’un girls-band de K-pop, à moins qu’elles n’empruntent ce vestiaire aux artistes burlesques, elles se rêvent et se métamorphosent sur ce tapis roulant devenu catwalk pour un ballroom déglingué. Défilent ainsi au fil de leur marche forcée tous les clichés girly crachés par les réseaux sociaux et une industrie musicale sexiste usant aussi de la danse dont elles se jouent sciemment avec ironie et distance. Mais la vitesse s’accélérant, la marche devenant course, cela se déglingue très vite et cette parodie tourne sinon au fiasco du moins à la débandade. L’Aurore au doigt de rose devient l’horreur du poids de la chose. Visiblement ces deux-là s’amusent comme de sales gosses qui n’en feraient qu’à leur tête à dézinguer ce fatras obscène d’images copiées-scrollées, dont elles empruntent le rythme effréné, augmenté d’un narcissisme exhibé sans vergogne sur les réseaux sociaux. Mais le girl-power c’est ça aussi et ici, de reprendre à son compte, de s’approprier à leur seul profit, de se réapproprier plus précisément, les projections et fantasmes masculinistes. comme un pied de nez et coup de pied à l’âne. Leur corps leur appartient, libre à elles d’en jouer et de jouer de leur image pour mieux renverser les clichés. Mais ce qui est dénoncé là, en creux, c’est aussi ce miroir aux alouettes 2.0 qui fausse tout image de soi pour une illusion communautaire, voire identitaire. L’important ici est la rencontre et la complicité de deux performeuses inversant parfois leurs rôles, Bonnie Banane danse et Soa Ratsifandrihana chante, qui dénoncent joyeusement une certaine image stéréotypée, sexuée, la fabrique cynique d’un fantasme masculin, véhiculée par la pop musique, les réseaux sociaux accélérant le phénomène, et qui, comme ce tapis qu’elles foulent, tourne en rond. On peut trouver cela un peu vain, la tentative franchement légère, la proposition n’étant pas des plus approfondies, se répétant parfois, c’est vrai, mais l’important est dans la concision explosive de la démonstration au demeurant juste, même si rebattue, et cette volonté de rester ludique malgré tout…

Quelle aurore, performance et écriture de Soa Ratsifandrihana et Bonnie Banane
Conception, chorégraphie : Soa Ratsifandrihana
Dramaturgie : Sékou Séméga et Marie Dogahé
Création sonore : Guilhem Angot
Création lumière et direction technique : Thomas Roulleau-Galais
Création costumes : Constance Tabourgz
Recherche : Harilay Rabenjamina
Stagiaires : Elsy Robert et Haritina Rozanajatovo
Régie son : Guilhem Angot, Jena-Louis Waflart et Paul Boulier (en alternance)
Régie lumière : Julien Rauche
Photo : © Christophe Raynaud de Lage
Vu le 25/03/2025 dans le cadre des Inaccoutumées / Vive le sujet tentatives.
La Ménagerie de Verre
12 rue Léchevin
75011 Paris
Réservation : O1 43 38 33 44

