A quelle distance de la mort se tient le théâtre ? Pourquoi la littérature est-elle fascinée par le mal ? Peut-on imaginer un jour où l’on ne jouera plus Hamlet ? Comment finissent les civilisations ? « Ce n’est pas le doute mais la certitude qui rend fou », disait Nietzche, Tiago Rodriguez annonce la couleur, cette année le Festival sera sous le signe du doute, une fête des questions posées par les artistes au public.
Le coréen à l’honneur, la littérature en majesté, l’élargissement à l’art circassien, Avignon 2026 sera XXL ou ne sera pas avec quarante-sept spectaclesdont trente créations, quarante-neuf artistes dont 24 français, dix pays représentés, 15 000 places en sus à la vente, Julien Gosselin dans la Cour d’honneur du Palais des Papes avec Maldoror, par exemple, mais seront également présents Isabelle Huppert, Valérie Dréville, Denis Podalydès ou Éric Ruf et aussi 67% d’artistes invités pour la première fois, comme Tiphaine Raffier pour la France ou le Britannique Ben Duke.
Après l’anglais, l’espagnol et l’arabe, le coréen est la langue invitée de l’édition 2026, pour une traversée au long cours d’une culture ancestrale largement méconnue en Europe.
Les textes de Han Kang, prix Nobel de littérature, seront adaptés par Julie Deliquet (Oiseau, avec Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee, dans la Cour d’honneur), et l’Italienne Daria Deflorian (che dolore terribile é l’amore, au Cloître des Carmes).
Aimez-vous la cuisine coréenne ? Jaha Koo dans Cuckoo dialoguera avec trois autocuiseurs qui symboliseront chaque Coréen, des employés à la fonction déterminée que l’on jette à la moindre défaillance ; sur scène ils prendront la parole, chanteront et illustreront 20 ans de société Sud-Coréenne envahie par l’impérialisme économique.
Island story de Kyung-Sung Lee au gymnase du lycée Aubanel provoquera-t-il le même séisme que lors de sa création en Corée ? Ce théâtre documentaire révèle tout un pan de l’histoire coréenne effacée lors de la répression violente de 1948 qui fit des milliers de morts. Autre grand moment, Le Pas du Monde, du collectif XY dans la Cour d’honneur. Ces acrobates forment et déforment des colonnes humaines, passant d’une posture à une autre, comme des pyramides de cailloux chutant en éboulis.
La littérature, dans tous ses états, occupera une place de choix, avec, en ouverture de la Cour d’honneur, le spectacle fleuve de Julien Gosselin qui fait dialoguer Roberto Bolano et son 2666 avec Lautréamont dans Maldoror, un spectacle à la croisée du théâtre, du cinéma et de la performance.
A la carrière Boulbon, évènement majeur du Festival, les flamands du groupe STAN nous régaleront de leur triple Poquelin 1, 2, 3. Dans la tradition du théâtre de tréteaux, ils taillent, découpent, décapent, recousent notre Molière jusqu’à lui faire cracher sa fabuleuse et imparable mécanique comique.
La Corée est un pays où une personne se suicide toutes les 37 minutes, autant dire que les thématiques liées à la fin de vie, au deuil ne manqueront pas. En guise d’antidotes, quelques pépites fantastiques ou burlesques à ne pas rater.
Dans un espace intimiste, l’artiste queer Vanasay Khamphommaia, nue et s’accompagnant au ukulélé, interprètera une chanson en échange d’un verre, geste radical qui sonde les rapports entre l’art, l’échange et la sociabilité au bar du Festival le Mahabharata.
Avec Everything Must Go, les champions du théâtre anglais depuis 37 ans, Forced Entertainment, dessineront une performance visuelle tragicomique à partir de textes écrits par Tim Etchells. Tard dans la nuit, les non dupes, humanité dérisoire rescapée du désastre, tueront le temps dans un bar fantasmatique, qui se transforme au fil des conversations (cour du lycée Saint Joseph).
Partant du mythe de Dionysos, le dieu ambigu qui, dit-on, serait à l’origine du théâtre, Jeanne Candel et ses complices, au gymnase du lycée Mistral, célèbreront la force débridée de l’esprit humain avec Capra et fabriqueront à vue des tragédies-minute, on finira par se perdre et c’est tant mieux !
Alors, vivement Avignon 2026, qu’on y danse, qu’on y chante et joue, jusqu’au bout de la nuit !
L’ensemble du programme est consultable sur le site Festival-Avignon.com
Programme présenté au Théâtre du Rond-Point, à Paris, le 9 avril par Tiago Rodriguez
Festival d’Avignon 2026 du 4 au 25 juillet.
Réservation :
Billetterie en ligne ouverte à compter du 18 avril 2026
A partir du 20 juin : en guichet et par téléphone
- Du mardi au samedi
- 20 rue du portail Boquier / +33 (0)4 90 14 14 14
- Guichet : 10h – 14h | 16h – 19h
- Téléphone : 10h – 19h
- À partir du 1er juillet, tous les jours et aux mêmes horaires
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