Ma maison est noire est un véritable écho entre deux femmes, deux histoires pourrions-nous dire. Tout d’abord celle de Forough Farrokhzad, une poétesse, interdite de publication depuis la révolution islamique et cinéaste iranienne, mue par la révolte, la nécessité première de libération des femmes, décédée en 1967 dans un accident de voiture et dont ce spectacle est l’écho. Et celle de Mina Kavani, ayant dû fuir l’Iran et presque passionnée depuis des années par la liberté, la mise en avant de la vie, de la puissance quasi révoltée, du désespoir même de cet auteur introuvable désormais dans les librairies de la république islamique.

Dans ce spectacle Mina Kavani veut conjuguer deux femmes, elle et Forough Farrokhzad, qui la passionne depuis très longtemps. Le titre de ce spectacle, Ma maison est noire est l’écho d’un documentaire que Forough Farrokhzad avait écrit et réalisé en 1962, sur les lépreux, La maison est noire. Nous avons donc une sorte de conversation entre ces deux femmes, montrant combien Mina Kavani a pu être inspirée par cette poétesse et cinéaste. « J’aimerai nous mélanger, mélanger nos folies, nos cris, nos joies et nos désespoir » dit-elle et c’est ce qu’elle fait dans ce spectacle, dans cette conversation étrange, hors du temps et baignée de vérité.
On sent une force dans ce travail, une volonté de « réclamer », qu’un hier proche vienne à l’aide à un aujourd’hui trop proche de l’inconscient parfois. Oui. Mais il s’agit non seulement d’un hommage souhaitant mettre en avant le travail et les idées de Forough Farrokhzad, difficiles (voire impossible) à diffuser actuellement en Iran, mais aussi d’en donner le regard d’une femme ayant dû fuir. Nous avons dans Ma maison est noire un mélange d’époque, de femmes, de vies. Ce qu’était la condition féminine dans les années soixante à Téhéran, ce qu’elle est aujourd’hui, si toutefois elle existe encore, cette condition.

L’image d’une femme, et une femme, tout court. Avec la diffusion d’images, avec une musique assez prenante, voire trop, d’Erik Truffaz et Murcof. Musique proche du bruit parfois. Nous sommes avec ça à deux doigts d’écrire « dommage » … Oui, répétitions sonores, proches d’un écho basique lassant. Et la lumière ? Ratée ou jolie trouvaille, ce visage masqué, l’ombre qui va et vient, là où il faut, vraiment ? Du coup on peut s’éloigner parfois de cette adaptation de textes de Forough Farrokhzad par Mina Kavani, dont le travail, mis à part ces écarts, est fort, présent, donne envie de saluer debout.
Ma maison est noire,d’après les textes de Forough Farrokhzad
Adaptation, mise en scène et jeu de Mina Kavani
Création musicale : Erik Truffaz et Murcof
Arrangements sonores : Cinna Peyghamy
Voix : Firoozeh Raeesdana
Scénographie : Louise Sari
Assistant à la scénographie : Analyvia Lagarde
Costumes : Anaïs Romand
Lumières : César Godefroy
Vidéo : Pierre Nouvel
Dramaturgie : Maksym Teteruk
Conseil artistique : Jean-Damien Barbin
Regard extérieur : Célie Pauthe
© Photos de Christophe Raynaud de Lage
Du 20 février au 1er mars 2026
Du mardi au samedi à 20h
Matinée le dimanche 1er mars à 16h
Durée du spectacle : 1h15
Théâtre des Bouffes du Nord
37bis, boulevard de La Chapelle
75010 Paris
Réservations : 01 46 07 34 50
www.bouffesdunord.com
Tournée :
- 5 mars 2026 au Cabaret des Curiosités – Le Manège, Scène nationale de Maubeuge
- 12 mars 2026 à L’Arc – Scène nationale Le Creusot Adaptation par Mina Kavani de textes de Forough Farrokhzad, tirés de l’Œuvre Poétique Complète et de La Nuit Lumineuse, traduits par Jalal Alavinia, aux Éditions Lettres Persanes

