Nous allons sagement au Théâtre de la Tempête, voir un spectacle dont le titre nous a séduit : Le roi, la reine et le bouffon résonne bien et peut nous remettre en mémoire mille choses, alors allons voir ce spectacle, écrit et mis en scène par Clémence Coullon. Une conteuse sage et dingue va mettre en place les grandes lignes d’un conte et hop ! les personnages vont prendre place, remuer, raconter, tenter de nous emporter. Et y parvenir, merveilleusement, nous faire rire, nous faire réfléchir, nous faire du bien. Bon, certes, on prend le risque de sautiller sur le quai du métro au retour, mais il ne sera pas très tard, la magie ne dure pas longtemps, même si on a l’impression positive de rêver des années durant.
Clémence Coullon, qui est aussi la reine dans ce conte, nous entraîne dans un royaume, présenté par cette conteuse qui sait très bien nous emporter, un royaume donc où un vilain roi et une affreuse reine s’amusent bien, avec un bouffon à leurs ordres multiples et un rien recherchés, l’idéal étant d’être désagréable avec tout ce qui bouge. La vie est belle mais, oh malheur, débarque une vilaine catastrophe sanitaire, une maladie qui bloque le royaume tout entier chez soi, même le roi et la reine !! Il faut préciser que l’isolement, Clémence Coullon a connu ça très tôt, élevée dans un internat pur et dur pour jeunes filles et que, hasard des hasards, l’écriture acide et rebondissante de cette pièce a, elle, été débutée lors du confinement.
Le roi et la reine face à face, le bouffon débordé, devant obéir du sol au plafond, courir, inventer et, éventuellement, se protéger aussi des coups qui tombent, ce n’est pas facile. Cohabitation diabolique entre Le roi, la reine et le bouffon. Comment accepter une chose pareille, accepter tout court quand on a l’habitude depuis sa naissance et voire même avant de faire ce qu’on veut, comme on veut. Eh bien vive les disputes à trois, la création de nouvelles catastrophes, des révélations surprenantes, crises de nerfs, menaces, suicide, tout ce qui semble suffisamment monstrueux et réalisable, alors qu’on est bêtement séquestré dans son château.

La conteuse des conteuses, la reine, le roi et le bouffon vont et viennent dans un royaume au décor simple et violent, simples gesticulations noires réalisées par Murielle Navarro sur d’immenses panneaux blancs. Les costumes de Lucie Duranteau sont étranges et puissants également, comme d’anguleuses silhouettes pour le roi et la reine, face à la rotondité ultra maquillée du bouffon. Les costumes pourraient fonctionner à cent pour cent si, ici ou là, on n’en voyait pas les dessous, par exemple la façon de les faire tenir en place ? C’est bien dommage, petit ascenseur pour revenir au sol. Autre minuscule touche négative, c’est la voix du roi au tout début, tartinée d’accent façon La cage aux folles. Rien de drôle ici, du trop, beaucoup trop et frôlant un malheureux malvenu qui heureusement s’efface très vite. Le roi, la reine et le bouffon nous fait croire que nous sommes mal partis pendant deux minutes et puis la magie se met en place, un jeu extraordinaire, facile et léger s’installe et les réflexions sur l’enfance, le rôle des parents, l’adoption et plus encore grimpent derrière nos éclats de rire. Un univers explose devant nous, on se cogne, crie et menace et un futur rebondissant montre le bout de son nez.
Clémence Coullon nous fait du bien avec Le roi, la reine et le bouffon. On a ri, réfléchi et été face à de très bons jeux, des costumes (presque) bien réalisés, un décor qui l’emporte haut la main, un son et une lumière très bien mis au point. Un travail pur et dur resplendissant, une histoire formidable qui nous rajeunit tout en restant au goût du jour, la fin du monde qui rode, dans une farce folle.
Titre Le roi, la reine et le bouffon,texte et mise en scène de Clémence Coullon
Collaboration artistique : Nadir Legrand, Agathe Mazouin
Collaboration dramaturgique : Barbara Métais-Chastanier
Lumière : Félix Depautex
Son : Martin Jaugey, Simon Péneau
Costumes : Lucie Duranteau
Scénographie : Angéline Croissant
Création plastique : Muriel Navarro
Construction du décor : Atelier du Théâtre Gérard Philipe – CDN de Saint-Denis
© Photos de Christophe Raynaud de Lage
Avec : Clémence Coullon, Myriam Fichter, Tom Menanteau, Guillaume Morel
Du 5 au 22 février 2026
Durée du spectacle : 1h10
Salle Adrien
Du mardi au samedi : 20h30
Dimanche : 16h30
Théâtre de la Tempête
Cartoucherie
Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris
Réservation : 01 43 28 36 36 www.la-tempete.fr

