Il est de ces mythes qui résonnent et résonneront toujours tant les émotions qu’ils font traverser à leurs héros sont intemporels et universels. Alors qu’Hamnet de Chloé Zhao remplit les salles des cinémas, une autre adaptation de ce chef d’œuvre de Shakespeare bénéficie de l’acclamation du public : Hamlet, #la fin d’une Enfance. Dans la plus haute salle du Théâtre du Lucernaire la magie de ce récit légendaire opère chaque soir : on est ému par le deuil d’un fils pour son père, on se révolte face au secret qui l’entoure, on frémit de la vengeance qui s’échafaude, on se surprend même à rire de la naïveté de certains personnages. Bref, « la vie entière est un théâtre » et cette pièce nous le prouve encore une fois.

Nous voilà donc enfermé avec Hamm, 19 ans, dans sa chambre aux allures de décor de chambre d’ado des années 2000. Au son de Pink Floyd, entouré de figurines de Star Wars, de poster d’Eminem et sous les yeux de la photo de son père en photo, Hamm se refuse à sortir de cet univers familier, alors que de l’autre côté de la porte, sa mère lui demande désespérément de venir saluer son « beau-père ». Il faut dire que le coup est rude : à peine deux mois se sont écoulé depuis la mort de son père et déjà il semble y avoir un nouveau remplaçant dans le lit de sa mère… Cela vous rappelle quelque chose ?

Victor Duez se lance alors à corps et à cœur perdus dans la prouesse d’interpréter seul tous les personnages d’Hamlet. Tout dans sa chambre devient théâtre : une vieille poupée, son punching-ball, un gant qui traine, une veste posée là, une lampe de poche, jusqu’à sa guitare qui sert de bande-son à ce récit qui met en parallèle la traversée intime du deuil de Hamm et le récit shakespearien.  Toute l’énergie de ce comédien charismatique se déploie alors et dans un rythme haletant et passionnant. La mise en scène intelligente et efficace de Christophe Luthringer nous étonne par son inventivité autant qu’elle nous impressionne par sa précision. Victor Duez prête sa voix et sa fougue à tous les protagonistes, mêlant ainsi marionnettes, théâtre d’ombre, théâtre d’objet ou monologues intimes avec public. Une véritable performance où l’on perçoit le plaisir de l’acteur, qui, par ricochet, ne peut que se transmettre la salle. 

Découvrir ou redécouvrir Hamlet, telle est la question. Avec Hamlet, #la fin d’une Enfance, les connaisseurs seront bluffés devant l’ingéniosité avec laquelle la pièce reprend fidèlement les éléments de l’intrigue en les teintant de modernité ; et ceux qui découvrent les affres du prince du Danemark entreront de façon particulièrement immersive dans cette histoire. Ce mélange détonnant de mélange de culture populaire et de chef d’œuvre classique est une réussite, un moment de théâtre qui restera dans nos mémoires.

Hamlet, #la fin d’une enfance, d’après William Shakespeare

Adaptation : Christophe Luthringer et Ned Grujic
Mise en scène : Christophe Luthringer

Avec : Victor Duez
Voix de la mère : Gwenda Guthwasser
Apparitions vidéo : Julia Beauquesne et Grégoire Roqueplo
Scénographie : Christophe Luthringer et David Teysseyre
Décors : David Teysseyre
Sons : Aldo Gilbert
Lumières :  Jean-Charles Garcia
Costumes : Christophe Luthringer
Confection des Marionnettes : Laurence Kus
Peintre : Lucie Gautier

Présenté par Les Pies Menteurs et Artistes en mouvement
Soutien Ville d’Avon

Photo : © Montant

Jusqu’au 29 mars 2026

Du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h30 

Durée : 1h15

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris

Réservations : 01 45 44 57 34