Cette danse dans sa pureté même est un arc de lumière : elle nous embrasse, elle nous éveille. Elle nous embrase. Comme la lumière, elle déploie son monde sensible avec l’évidence d’une nature profonde, rayonnante. Dans sa transparence même, elle révèle notre part invisible. Cette danse vibre de ses signes telle une mathématique poétique et gracile, un effet papillon dont l’onde mécanique se diffracte jusque dans l’âme. Sa nécessité fait loi sans coup férir. …est au-delà, une raison d’être… est une attention à soi, comme une écoute du battement de l’être, rythmée par la délicate et précise musique d’Orlando Bass. Trois musiciens, piano (y compris cordes arrangées d’une main, pour lui faire rendre un son sec et métallique), et deux saxophones innervent dimensions spatiales et temporelle comme souffles et pulsations du vivant. La partition musicale troue le silence et s’en joue, interroge, suspend, se laisse traverser de réminiscences (Chopin, Webern) comme l’affleurement de gestes anciens. A l’instar de ces circulations et mouvements qui pourraient, pourquoi pas, se lire comme une salutation à la lumière, ou ces bras levés, main en visière, comme pour s’en protéger. Jean-Christophe Boclé, chorégraphe de ce ballet métaphysique pour deux danseuses et deux danseurs, inscrit ses lignes de force sans en imposer. Les rotations, extensions, flexions, enroulements, chutes… s’enchainent avec l’évidence d’emboitements logiques, pris dans la pulsation syncopée du vivant et du muscle. La danse révèle l’armature et l’architecture des possibles.
…est au-delà, une raison d’être… rendrait presque vaine la parole, ou ces mots que l’on tente d’écrire ici. Sa plénitude, que l’on perçoit comme la patiente et lente décoction du travail des corps et de la musique, se fait souveraine. Rarement mouvements de danseurs auront atteint à ce degré de présence physique travaillant paradoxalement à une congruence certaine entre matérialité et ontologie. L’au-delà se touche dans l’effectuation même du geste, il est ce qui précède et ce qui suivra, ce qui est sans fin d’une certaine façon, sans commencement non plus. Une mesure de l’infini dans l’infime. Cette sublime pièce s’offre au spectateur en toute humilité, nous touche pour cela même, et n’en finit pas d’exercer, par sa rassérénante et permanente révolution des mouvements de l’être, qu’elle rend tangible par l’avènement des corps, une lumineuse fascination, un soulèvement de l’âme comme peut nous y conduire, par d’autres chemins, l’immobilité d’une sculpture de Brancusi.

…est au-delà, une raison d’être… conception et chorégraphie de Jean-Christophe Boclé
Création musicale : Orlando Bass
Avec les danseurs : Aure Barbier, Constance Pidoux, Clément Carré remplacé par Hugues Rondepierre, Charles Noyerie
Et les musiciens : Yumi Otsu – piano, Eudes Bernstein – saxophone alto, et André Tallon – saxophone ténor
Lumière : Saïd Fakhoury et Benoît Harang
Costumes : Isabelle Deffin
Photos de l’article (répétition) : @ Laurent Paillier
Durée : 1h
29 et 30 janvier 2026 à 19h30
Théâtre de la Cité internationale
17, boulevard Jourdan 75014 Paris
Tel : 01 85 53 53 85
https://www.theatredelacite.com
Dans le cadre du Festival Faits d’Hiver

