Comment Nicole a tout pété ou comment réfléchir sur des thèmes forts sérieux, liés au climat, tout en éclatant de rire. La salle Jean Tardieu nous accueille, un peu surprise de rester en pleine lumière, du début à la fin ou presque, et débordant de trac parce qu’elle fait du coup partie du jeu elle aussi… Oui, nous ne sommes plus au théâtre mais dans une salle communale, assistant à un débat (le premier d’une longue liste, aux sujets surprenants et prévus dans des villes aux noms parfois étranges) où des intervenants et porteurs de projets se sont multipliés pour défendre un sujet bouillonnant, l’installation tout proche, toute prochaine, d’une mine de lithium. Nous avons face à nous celles et ceux qui sont à l’origine de ce projet, experts ou non, c’est selon, des élus, et également ceux qui s’y opposent, depuis la salle, et tentent de défendre leurs villages, leurs champs. Les questions fusent, les réponses s’étalent si l’on peut dire. Vaste remue-ménage auquel se mêlent un crapaud sonneur à ventre jaune, l’eau fraîche de la rivière fortement concernée, la terre bien entendu, et d’autres choses qui sait, que l’on ne saisirait pas, restant inaperçues et qui pourtant s’accrocheraient rageusement aux échanges. Tout est possible !

Après Le Problème lapin, une conférence vraie de vraie comme on peut l’imaginer, Frédéric Ferrer est de retour au Rond-Point, avec un sujet toujours aussi fort, mais qu’il maquille en débat pour nous faire rire du début à la fin. Comment Nicole a tout pété est déjà tentant par ce titre. Et on ressort du Rond-Point grand sourire aux lèvres, sautillant tout en réfléchissant sérieusement. Une histoire de « mine et de climat » pourrait inquiéter et pousser à l’ennui si l’on ne connaît pas le travail de Frédéric Ferrer. On imagine larmoiements et lenteurs infinies sur sujets sombres et peu rebondissants. Mais le titre seul donne l’espoir de quelques gouttes de folie spectaculaires et on trépigne d’impatience pendant que les derniers spectateurs s’installent.

De gigantesques installations minières sont prévues ici ou là, à travers champs ou à la place de collines inutiles, puisqu’à part une maison ou deux, un chêne, centenaire certes, mais un chêne seulement et d’autres « rien du tout » de ce style, il n’y a rien que du vert. Du vert impatient d’enfin réussir dans la vie et mieux faire connaissance du béton, des fils électriques, des camions ? Pour faire comme si, pour tenter de masquer un peu la puissance de cette installation pour le moment, nous allons assister à cette réunion et à du pipeau politique, des alléluias scientifiques, pour nous faire croire que, face aux élus d’un avis contraire, face à celles et ceux dont la vie sera foutue en l’air, les champs bétonnés ou saupoudrés de produits étranges sont plus que nécessaires. Comment Nicole a tout pété nous invite à cette réunion, nous montre l’étrangeté de tels projets, oui, mais… nous faire rire du début à la fin. Et soyons francs, pas le petit « haha » timide et délicat, non, l’éclat de rire explosif ne se retenant pas face à tous ces personnages qui vont et viennent, se changent devant nous, derrière des penderies qui nous offrent d’un seul coup de tous nouveaux rôles, qu’on avait imaginé voir se construire mais on ne voit rien, ceux présents sur scène nous ont tant tenus que « Paf ! », c’est un nouveau ou une nouvelle, surprise sur pied qui apparaît et nous entraîne dans une histoire différente. Et nous sommes en plein débat, ne l’oublions pas. Il y a donc des questions qui fusent depuis la scène, mais depuis la salle aussi,! Nous sommes attrapés, leurs questions nous en font nous poser à nous. Font-ils partie de l’équipe magique ? Sont-ils de simples spectateurs ayant reçus un petit billet qu’ils lisent secrètement ? Allez savoir, Comment Nicole a tout pété nous pousse à imaginer tant de choses, pour rire et réfléchir. Oui, la campagne en danger, le lithium, le béton et l’anéantissement abordés pourraient avoir été lourds et sombres, mais ici Frédéric Ferrer, accompagné de cette équipe, comment dire… rebondissante, ces allées et venues de personnages qu’on a peut-être déjà croisés, font que les sujets évoqués nous restent en tête, que nous nous en souviendrons. Façon efficace s’il en est d’aborder de tels sujets, de créer un théâtre bio ? Les talents sont multiples lors de cette soirée, pour la conception et la mise en scène, le jeu, les costumes, qui peuvent frôler l’incroyable. Un spectacle au sujet sombre qui donne une folle envie d’aller appendre le suédois pour avoir, ici ou là, Karina Beuthe Orr en VO !

Comment Nicole a tout pété, conception et mise en scène de Frédéric Ferrer

Recherches et écritures : Clarice Boyriven et Frédéric Ferrer

Scénographie : Margaux Folléa

Avec : Karina Beuthe Orr, Clarice Boyriven, en alternance avec Caroline Dubikajtis Patosz, Guarani Feitosa, Frédéric Ferrer, Militza Gorbatchevsky, Hélène Schwartz

Costumes : Anne Buguet

Construction, régie générale et lumière : Paco Galan

Création et dispositif vidéo : Laurent Fontaine Czaczkes

Création sonore : Clarice Boyriven

Régie son : Vincent Bonnet

Assistanat à la mise en scène : Caroline Dubikajtis Patosz

Production, diffusion et médiation : Floriane Fumey

Assistanat à l’administration et à la production : Bénédicte Gras

Administration : Flore Lepastourel

Communication : Lucie Verpraet

Régie son et lumière : Stéphane Chrisodoulos

© Photos de Vincent Beaume

Du 21 janvier au 7 février 2026

Durée du spectacle : 1h45

Théâtre du Rond-Point

2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt

75008 Paris

Réservations : 01 44 95 98 21

www.theatredurondpoint.fr