Voilà un cabaret original, conçu comme un défilé de mode où l’habit ne fait pas le moine mais la drag qui sommeille en chacun des artistes défilant sur ce catwalk. Pas tout à fait un ballroom, pas tout à fait des sapeurs, mais c’est tout comme qui emprunte au code des deux et dans cette volonté de résistance aux normes et ici à l’affirmation crâne de soi, trans, gay, lesbienne ou non binaire où la fierté queer n’est pas un vain mot mais un engagement ferme et franchement vital.  Ici le costume extravagant, ouvragé, baroque, défie rageusement et joyeusement les assignations de genre. Cela participe du carnaval originel et lointain pour l’inversion des valeurs ou plus près de nous du principe de la gay-pride et de ses valeurs politiques. C’est monstrueusement queer, monstre au sens premier, bestiaire fabuleux, pythique, celui qui dérange, révèle, éclaire et augure. La Maison de La. ouvre un espace de liberté singulier, propre au cabaret, où le costume excentrique, « haute couture » est-il affirmé, devient performatif et performance.

Par le costume les corps à la parade s’émancipent des déterminations délétères, participent de l’invention de soi qui n’est que l’affirmation de son être. Le costume, paradoxe, met ici à nu la singularité de chacun, loin de tout stéréotype. Un corps fantasmé, extra-ordinaire, marqueur d’une liberté d’expression, projection d’une identité versatile et réversible toujours prompte à la métamorphose. Alors entre deux numéros traditionnels, capilotractions, équilibre, danses ou chansons…, entre deux tableaux qui allient le cabaret au cirque et au music-hall, entre deux changements de costumes, ils se racontent, se confient. Sans fard. Fragments de vies exemplaires dans cette aspiration à être sans concession, sans contrefaçon, être dans sa vérité profonde, intime, un parcours qui n’est pas toujours un chemin de roses, loin s’en faut, malgré les paillettes et les strass.

C’est ce vernis qui craque un jour, force le destin et oblige qui est aussi mis en scène avec délicatesse et au pas de charge, même si en ce soir de première le rythme venait parfois à manquer – une fragilité propre au cabaret qui oblige à la clémence -, et sans doute aurait-il fallu un maître de cérémonie pour fluidifier voire dynamiser davantage encore l’ensemble. Mais qu’importe, le résultat est là, enthousiasmant, surprenant et même, oui, émouvant. Maison de La. « Maison drag créature acrobatiquement haute couture » fondée en 2022 par Antoine Linsale (De La Saboté.e) et Guillaume Collard (De La Beuchère) place ainsi le costume au centre d’un processus dramaturgique, voire plastique, avec en son centre névralgique la question queer. Un formidable pied-de-nez devant les coups de boutoir d’une pensée réactionnaire en embuscade. On sait l’importance du costume au cabaretq ui est toujours plus qu’un costume mais le marqueur d’une identité artistique forte, entre tradition et son indispensable détournement. Antoine Linsale et Guillaume Collard en font donc le centre de leur création comme de leur questionnement sur l’identité queer, épicentre aussi de ce cabaret expérimental dans sa forme – jusque dans la composition du menu, expérimental lui aussi – qui en fait toute son originalité et son intérêt.

Bestiaire/Vestiaire, mise en scène Antoine Linsale – Maison de La.

Avec : Antoine Linsale, Guillaume Colllard, Alexis Toudic, Inès Maccario, Anako Gaudin, Gustine, Alexandre Bado

Dramaturgie : Anne Quentin

Recherche : Rémi Baert

Costumes et scénographie : Guillaume Collard

Chef cuisinier et designer culinaire : Joey Bondiguet

Technique : Alexis Toudic, Jeanne Laffargue

Performer-euses amateur-ices : Eti Falck-Suzuki, Fifi Brin d’Arthrite, Kalina Jeleva, Bernie Renouard, Paulin Torrent, Tamatoa

Aide au design culinaire : Léna Bertrand, Mélissa Gérard, Nina Magnan

13 & 14 février 2026 à 20h

Durée 3h

Le Manège, scène nationale – Reims

2 boulevard Général Leclerc

51000 Reims

Réservation : 03 26 47 30 40

www.manege-reims.eu

Tournée :

Festival Spring, 27 & 28 mars 2026

https://www.festival-spring.eu/programmation/bestiaire-vestiaire

Festival MIMOS, Périgueux, Juin 2026