Après le fabuleux Femmes de Barbe Bleue, lauréat du Prix Impatience en 2019, la Compagnie 13/31 continue l’exploration des liens entre réalité et fiction dans une pièce au titre évocateur : Psychodrame. Avec le spectacle Les Femmes de Barbe Bleue, les victimes tentaient de sortir de l’emprise de cet homme manipulateur en rejouant les scènes de leur quotidien et en se coachant entre elles pour sortir du cercle vicieux imposé par leur bourreau. Dans cette deuxième création, la mise en abîme que permet le théâtre est portée à son paroxysme par l’utilisation du protocole thérapeutique qu’est le psychodrame.
Né au début du XXᵉ siècle, cette méthode mêle théâtre et psychologie, et permet aux patients, encadrés de leurs médecins, de rejouer des épisodes traumatiques pour faire jaillir les fantasmes, les non-dits, tout ce qui procède de l’inconscient du patient. Sans jamais tomber dans le didactisme, Lisa Guez nous permet de découvrir cette pratique en suivant les trajectoires de six soignantes et quatre patientes. Nous voilà donc plongés dans la salle de l’hôpital où se dérouleront sous nos yeux ces fameuses séances de psychothérapie. Pour l’occasion, la scène du Théâtre 13 prend des allures d’établissement de santé : mur blanc, porte battante, lino bleu, chaises et dossiers classés – un décor bien concret donc, pour un spectacle qui va osciller entre réalisme et spectaculaire, comme cette compagnie sait si bien le faire. Car oui, nous allons vraiment assister à ces séances qui commencent par « comment allez-vous aujourd’hui ? Avez-vous envie de parler de quelque chose de particulier » et qui se poursuivent par « et quelle scène va-t-on jouer maintenant ? », à ces séances où le patient distribue les rôles, où les thérapeutes se prêtent à l’interprétation et où la médecin « meneuse de jeu » peut à tout moment intervenir pour proposer au patient de creuser un évènement, ou au contraire mettre fin au jeu si celui-ci tourne mal.
Entre l’écriture ciselée, qui correspond si bien à chacune des comédiennes – et pour cause, elles sont passées par des improvisations pour construire leur personnage et les dialogues – et la mise en scène précise de Lisa Guez, Psychodrame est un régal pour peu qu’on aime le théâtre engagé physiquement et où le rire désamorce les aventures délicates. Nous ne sommes pas dans le documentaire, car les personnages et les situations ont juste ce qu’il faut de décalage avec la réalité. Et pourtant, les histoires de chacune des protagonistes, patientes ou soignantes sont totalement vraisemblables et nous touchent chacune à leur manière. Les six comédiennes sont impressionnantes dans leur justesse, d’autant plus qu’elles interprètent tour à tour patientes et soignantes de façon méconnaissable. Leur plaisir de jouer ensemble, leur complicité est palpable et on les sent particulièrement libres dans cette mise en scène d’une fluidité remarquable. Cette sororité se transmet des interprètes à leur personnage et les histoires se déploient de telle sorte qu’on s’attache à chacune d’entre elles sans même s’en apercevoir.

Sans vraiment qu’on s’en rende compte non plus, la compagnie 13/31 évoque les difficultés du monde hospitalier, les coupes budgétaires, les manques de personnels, en rendant un bel hommage à ces soignant.e.s qui s’accrochent, se battent, croient en leur pratique. Et les poupées russes s’emboîtent ainsi tout au long du spectacle ; que ce soit en séance de psychothérapie, dans le secteur hospitalier ou sur les scènes de théâtre, tout se passe ainsi : jouer plutôt que parler, faire discourir, ressentir plutôt qu’analyser. Quand tout ceci est fait avec intelligence et humanité, une fois la représentation passée, on ne peut que ressortir avec des émotions plein le cœur et des réflexions plein la tête.
Psychodrame, par la Compagnie 13/31
Conception et mise en scène : Lisa Guez
Texte : écriture collective de Fernanda Barth, Valentine Bellone, Sarah Doukhan, Anne Knosp, Valentine Krasnochok, Nelly Latour, Clara Normand et Jordane Soudre dirigée par Lisa Guez
Avec : Fernanda Barth, Valentine Bellone, Anne Knosp, Valentine Krasnochok, Nelly Latour et Jordane Soudre
Collaboration à la mise en scène, à la dramaturgie et costumes : Sarah Doukhan
Création lumière et scénographie : Lila Meynard
Réalisation du décor Ateliers de construction du ThéâtredelaCité – direction : Michaël Labat
Son et musique : Louis-Marie Hippolyte (Louma Hipp)
Collaboration artistique et production : Clara Normand
Conseil scientifique à la création : Géraldine Rougevin-Baville
Regard chorégraphique : Cyril Viallon
Diffusion Anne-Sophie Boulan
Presse Francesca Magni
Photos : © Jean-Louis Fernandez
Du 10 au 20 février 2026
Du lundi au vendredi à 20h
Le samedi à 18h
Durée : 2h05
Théâtre 13/Bibliothèque
30 rue du Chevaleret
75013 Paris
Réservations : 01 45 88 62 22
Biletterie@theatre13.com

