Et si l’histoire de la danse et du théâtre n’était qu’une histoire d’amour qui ne voudrait pas s’achever, de celles où les protagonistes refuseraient de se séparer. C’est le postulat, riche en ressources dramaturgiques et chorégraphiques, qui anime nos trois larrons italiens de la compagnie Wooshing machine, créée en 1988 par Mauro Paccagnella à Bruxelles. L’entrée de nos vedettes, Alessandro Bernardeschi, Carlotta Sagna et Mauro Paccagnella, prend étrangement des allures de sortie de scène, et c’est un ballet contrarié des plus comiques qui ouvre ce Ma l’amor mio non muore / Epilogue : une succession d’avancées vers le public comme un salut qui ne dirait pas son nom, des œillades pour les plus téméraires, mais plus encore une modestie toute fausse, un effacement qui veut se faire voir en grand, une camaraderie qui se comprend aussi pour chacun comme un moyen d’arriver à ses fins : prendre la lumière, trouver son public. Ces trois là sont orfèvres dans un art de fausse ressemblance où le comique se niche dans la ridule d’un sourire, l’éclat riant d’un regard en coin, ou l’effleurement d’un rougissement.

Il faudrait pouvoir quitter cette scène parsemée de roses, d’œillets, jetés par des admirateurs, il faudrait pouvoir même laisser un peu de place à son partenaire de plateau, mais la passion est tellement dévorante qu’elle conduit bien plutôt à une politique de la surenchère et de l’éclipse de l’autre. Il y a du clown dans ce trio et il y a du Jules et Jim tant les rapports de jeu s’intriquent dans le je de ce trouple. Dans cette pièce les trois jouent carte sur table quand bien même ils mettraient en scène un air de tricherie. Ma l’amor mio non muore / Epilogue nous dévoile la comédie des affects et des egos. Les musiques s’enchainent comme dans un improbable medley convoquant variété italienne, Partita de Bach, ou musique pop américaine. Les corps dansent et s’écroulent, boulent, finissent en tas, comme si dans cet inépuisable besoin vital de scène, l’âge allait finalement reboucler avec son premier (âge). Leur native bonhommie exulte dans cet oubli des formes (dansées) pour rejoindre à la roulade primordiale. On devine que cette facétieuse trinité des planches opère par disruption systématique du duo par le solo, de facto, concomitant, procurant ainsi son mouvement perpétuel à la pièce. Il y a aussi, enfin, dans leur folie collective, dans leur lâcher prise, un amour qui ne dit pas son nom, entre eux et avec nous, un amour qui autorise et s’autorise toutes les libertés. C’est probablement ce vent-là, tendre et brûlant, qui nous aura soulevés et fait tourbillonner le cœur comme des étoiles dans la nuit noire.

Ma l’amor mio non muore / Epilogue, sur une idée de Alessandro Bernardeschi

Chorégraphie, écriture et interprétation : Carlotta Sagna, Alessandro Bernardeschi & Mauro Paccagnella

Dramaturgie musicale : Alessandro Bernardeschi

Lumières et régie : Simon Stenmans

Assistante à la chorégraphie : Lisa Gunstone

Vidéo : Stéphane Broc

Son : Eric Ronsse

Costumes : Wooshing Machine & Fabienne Damiean

Featuring :Pietro Ercolino

Photos de l’article : © Andrea Messana

Durée : 1h

Le 12 février 2026 à 20h

Centre Wallonie-Bruxelles

46 rue Quincampoix 75004, Paris

Tél : 01 53 01 96 96

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