Il suffit d’un rien pour convertir le moins en plus, ouvrir d’autres routes vers d’autres possibles.

En cinq secondes une mère passe, comme on le ferait au rugby, son bébé à un jeune homme qui l’a aidée à descendre la poussette sur le quai du RER puis remonte dans le wagon et disparaît, un fait divers réel de trois lignes à la rubrique des chiens écrasés. Le jeune homme va s’adresser à l’enfant, inventer une fiction pour rendre acceptable ce qui s’est passé, dont il ne sait rien. Le petit Poucet tombé du ciel qui n’a pas encore les mots, réveille l’homme sans passé, dépressif mutique à qui rien n’arrivait. Le jeune homme s’ébroue, sort de sa chrysalide, se raconte. Ça ressemble à une fable. L’humanité des déclassés, le langage de ceux qui n’ont pas les mots, le dévouement des humbles, toutes ces idées si casse-gueule d’habitude trouvent ici un droit de cité naturel par la mise en scène de Catherine Soulier et le texte de Catherine Benhamou qui transforment un fait social minuscule en road movie bouleversant.

On pense au Kid de Charlie Chaplin, où un vagabond recueillait un enfant abandonné sur le siège arrière d’une voiture avec un mot anonyme de la mère à l’attention de la personne qui trouverait le bébé. Mais très vite on glisse vers un imaginaire entre conscient et subconscient, au sein d’un espace-temps où les territoires se dissolvent. Des bribes de récits morcelés arrivent par vagues, la narration du jeune homme se décale du réalisme au fantastique comme dans les histoires racontées le soir aux bébés pour les calmer. Un ballet de personnages aux voix monstrueuses surgit, presque caricaturaux, la famille du narrateur, la psychologue qu’on l’a obligé à consulter, un juge. Le temps se fige en ondulant autour d’un cercle bleuté, avec un piano malle aux trésors d’où sortent des accessoires (mules de danseuses, drapé or, masques, marionnette), une piste aux étoiles pour deux déclassés.

Maxime Taffanel porte ce récit et brûle les planches entre ombres et lumière, il brasse l’air, sans cesse son corps nous sollicite, sa voix se transforme pour aller vers une perfection du geste. Il prend à bras-le-corps les mots de Catherine Benhamou, les incorpore avec une simplicité désarmante. On respire avec lui et on le suit quand il tord son visage, enroule sa main, se contracte et exhibe avec malice son corps sculpté d’ancien nageur.

Une heure de poésie pure qui nous questionne, aux Plateaux Sauvages.  Et vous, que feriez-vous si vous pouviez faire table rase et tout recommencer du jour au lendemain ?  5 secondes répond : rien d’extraordinaire, aimer, dialoguer, faire confiance. On imagine qu’il y aura pour l’inconnu d’autres rencontres sur d’autres quais menant à d’autres récits. Allez savoir, le pire n’est pas toujours sûr.

5 secondes, texte de Catherine Benhamou (Éditions des femmes-Antoinette Fouque)

Mise en scène : Hélène Soulié

Scénographie Hélène Soulié et Emmanuelle Debeusscher

Lumières : Juliette Basançon

Son : Jean Christophe Sirven

Costumes : Pétronille Salomé

Photos : © Pauline Le Goff

Dès 14 ans

Durée : 1h

Jusqu’au 31 janvier 2026, à 20h30, samedi à 17h30

Les Plateaux Sauvages

5 rue des Plâtrières

75020 Paris

Réservations :

01 83 75 55 70

info@lesplateauxsauvages.fr

Tournée :

Vendredi 20 février 2026, Théâtre Jérôme Savary, Villeneuve-lès-Maguelone

Mardi 19 mai 2026, Théâtre Charles Dullin, Grand Quévilly

En itinérance :
Du 21 mai au vendredi 22 mai et du 26 mai au 28 mai 2026 au Théâtre des Plateaux Sauvages hors-les-murs