Genre littéraire et cinématographique, le western est d’abord une question d’espace et d’imaginaire, les deux intrinsèquement indémêlables. Bref, c’est donc, éminemment, une question qui se danse. Après les précautions d’usage rappelées par quelques charmantes voix enfantines (le western a participé à la réécriture de l’histoire américaine en gommant les massacres et le génocide des Indiens et est également porteur de valeurs machistes), Nicolas Cantillon entre de plain-pied dans le canyon de micadanses-Paris. Au regard de cette séquence introductive, style règlements de comptes à O.K. Corral, la dégaine prend tout son sens. Nicolas Cantillon, large chapeau, chemise « cowboy », jambes arquées, est une silhouette découpée dans le contrejour. Il est tout autant cette figure légendaire que projette la lanterne magique de notre mémoire . Mais s’il reprend l’enveloppe de l’archétype, comme on prendrait l’habit, c’est pour mieux le subvertir d’une certaine façon. Le corps, dans un ralenti très cinématographique, chaloupe, se déhanche, ondule pour mieux échapper aux coups de feu et tirer ses propres coups, et ainsi affirme sa sensualité troublante, effleurant sa potentialité homoérotique. Sa botte secrète.

Dead Horse in a Bathtub s’immisce comme un jeu d’enfant avant de poursuivre comme un voyage imaginaire. Nicolas Cantillon, danseur et musicien, homme à tout faire, lonesome cowboy accompagné toutefois de sa guitare, et, en guise d’étrier, d’une pédale looper, crée par ses effets de réverbération sonore un espace immense (dans une salle pourtant bien réduite) comme celui de Monument Valley. Le son qu’il produit, comme la gestuelle ou les situations qu’il joue, reprennent le vocabulaire et l’esthétique du western. La pièce avance donc, dans une parfaite économie, en s’appuyant autant sur sa référence que sur le présent du plateau. Le comique, subtil, s’allie à la grâce. La pièce produit sa poésie dans la superposition des souvenirs des spectateurs, des nappes sonores déferlant sur le plateau et d’une écriture précise du corps. Si Nicolas Cantillon épate par ses capacités ondulatoires, se mouvant avec liquidité, se fondant presque dans le mouvement, les mains atteignent à une expressivité peu commune jusqu’à embrasser la carrière d’un couple de mygales.
Dead Horse in a Bathtub s’offre comme un lieu commun dans le plaisir d’un partage. L’enfant en chacun de nous se retrouve à pied d’égalité avec l’adulte qui est désormais là, assis à regarder le show. Sans hiérarchie aucune. C’est, délicieusement, prendre au sérieux les rêves que l’on a faits.
Dead Horse in a Bathtub, concept et chorégraphie : Nicolas Cantillon
Musique et interprétation : Nicolas Cantillon
Regard extérieur : Laurence Yadi
Création lumière : Arnaud Viala
Collaborateurs artistiques : Vincent Hänni, Vahid Gholami, Alan Bishop
Photos de l’article : © Magali Dougados
Durée : 1h
Le 2 et 3 février 2026 à 19h
micadanses-Paris
20 Rue Geoffroy l’Asnier
75004 Paris
tél : 01 71 60 67 93

