Pour sa sixième mise en scène, Mathilda May dessine plus encore qu’un patchwork de scènes de la vie quotidienne, elle nous propose une véritable plongée en absurdie. Dans une scénographie épurée et dans une mise en scène audacieuse qui n’a peur ni des clichés, ni du grotesque, six comédien.ne.s interprètent une multitude de personnages pour révéler les aspérités des relations humaines et les aberrations de notre époque. Tantôt cocasses, tantôt franchement cyniques, les saynètes s’enchainent à un rythme effréné. Tout comme on scrollerait sur nos téléphones, les tableaux se succèdent sans liens logiques, sans transition, mais avec toujours le souci de tirer la substantifique moelle de situations qui, à force d’être étirées, finissent toujours par basculer, déraper pour faire advenir la vérité mordante de la réalité crue. Avec Cut ! les névroses contemporaines affleurent au gré d’une séance de méditation loufoque, l’aveuglement à la détresse d’autrui saute aux yeux face à un coucher de soleil tragique. Les difficultés sociales, les déséquilibres sociétaux, les ignominies politiques sont passés au crible de l’humour noir pour mieux en extraire l’indécence.
Dans une mise en scène huilée et quasiment chorégraphique, les six interprètes déploient sans compter leur énergie pour donner corps et voix à ces individus contemporains qui nous ressemblent fatalement. On se reconnaîtra forcément dans l’un ou l’autre, que l’on le veuille ou non : ce n’est pas pour rien que les rires éclosent à divers endroits du public. Ce n’est pas pour rien non plus que certains spectateurs quittent la salle, tant les portraits brossés sont sans concession. Cet humour cynique ne conviendra certes pas à tout le monde, mais pour peu qu’on se laisse embarquer, et même si l’accumulation des scènes peut parfois nous faire perdre de vue leur profondeur au profit d’un exercice formel, on se surprend à attendre la prochaine avec impatience, comme devant un buffet où le défaut de gourmandise nous rattrape, quitte à risquer l’indigestion. Cut ! c’est aussi ça : cette métaphore du surplus informationnel qui nous gave tous les jours de ces petits tracas autant que de ces énormes incongruités qui font de nous des animaux éminemment politiques, soumis à nos instincts autant qu’à nos bonnes consciences. Alors, êtes-vous prêts à vous regarder dans le miroir kaléidoscopique de nos existences ?

Cut ! Des histoires, des vies…
Texte et mise en scène : Mathilda May
Avec : Mathieu Alexandre, Benoît Blanc, Marie Desgranges, Émilie Deletrez, Matthias Girbig, Jessica Vedel
Musique & création sonore : Sly Johnson, Jules Darmon
Assistant mise en scène : Éric Supply
Lumière : Laurent Beal
Son : Loïc Beaudron
Accessoires & couture : Mathilde Chollot
Éléments de décor : Patrice Le Cadre
Photo © Philippine Poirier Berlioz
Du 13 au 17 janvier 2026
Mercredi et jeudi à 19h
Vendredi à 20h
et samedi à 16h et 20h
Durée : 1h20
la Villette
211 avenue Jean-Jaurès
75019 Paris
Réservations : 01 40 03 75 75
www.lavillette.com

