À mots doux aborde l’histoire d’un tout jeune adolescent, Sylvain, 14 ans, vivant par, à travers, sur et sous son idole, Mylène Farmer. Il n’écoute qu’elle, ne regarde qu’elle, ne chante qu’elle. Le gamin ne sort pas de sa chambre, vautré sur son lit, fasciné, ébahi par la musique de cette chanteuse-star, la sienne, et qu’il va bientôt aller écouter, rendez-vous compte. Sylvain vit son casque sur la tête en permanence, se bat pour le garder même, ce casque magique lui permettant d’entendre son père depuis une autre pièce le poussant à faire ses devoirs, l’appelant pour le dîner, etc. Casque extraordinaire donc, parce que Sylvain peut répondre à son père sur le champ, en râlant et gesticulant bien sûr, début de révolution, mais écouter de la musique à fond avec un casque géant sur les oreilles ne rend absolument pas sourd.

Ce spectacle est à bien des endroits amusant, joyeux, on ressent le plaisir que peut prendre cette troupe devant nous à chanter, danser, imitant cette fascination adolescente et souhaitant nous présenter les difficultés que peuvent être les premiers pas vers l’adolescence. Une chambre d’ado occupe l’espace principal de la scène, avec un lit magique sur lequel Sylvain reste vautré et du matelas duquel s’échapperons ici où là copains, copines, musiciens, chanteurs, foule en délire, orchestre, danseurs et danseuses, Sylvain en attente de l’arrivée de la grande, unique, sublime Mylène Farmer. À mots doux souhaiterait nous présenter les affres du passage à l’adolescence, sa complexité, sa poésie, sa douceur. Mais le spectacle qui en ressort n’est que fort sympathique. Ce gamin s’enlise dans l’enfance et tente d’atteindre un nouvel âge, oui. On voit une belle équipe de six comédiens et comédiennes virevolter, chanter (très bien), aller et venir… et tout recommencer. Les idées diverses et variées ne se bousculent pas pour À mots doux. Rien ne sort vraiment de cette chambre, même si toute l’équipe s’évade de dessous le lit pour chanter et danser. On pourrait deviner des aventures folles dans la tête de ce gamin, mais elles n’apparaissent pas beaucoup et peu nombreuses, ligotées rapidement dans une répétition rythmée. On peut attendre une présentation plus complexe de cet adorable gamin, mais deux ou trois symboles tournicotent et gesticulent, sont repris, persuadés que le lit magique, avec Farmer en fond sonore et duquel personnages multiples entrent et sortent sera déjà extraordinaire et nous laissera KO. Ce n’est pas le cas. L’équipe est sympathique et musicienne, et forcément pourvue de micros, sinon que serait le théâtre aujourd’hui ?

On est un peu perdu face à cette troupe en émois, on ne sait pas si ce sont des copains qui préparent un anniversaire surprise, jouent, font des conneries. Si c’est un rêve. Et un gamin rêvant à sa diva rien qu’à lui, va-t-il imaginer un bout de scotch à mettre au sol, ou d’autres toutes petites choses du genre ? Rien n’est très net, mais on avance à travers du multicolore sympathique. C’est toujours ça. Les thèmes annoncés, l’adolescence et sa fragilité, la construction lente des passages vers l’âge adulte, rebondissent très peu. On imagine avancer dans un « Youpi, de la musique rigolote nous rappelant tant de choses ». On pourrait croire que c’est un cours sur une très bonne et belle scénographie, bien réalisée, surprenante et joyeuse, sur des costumes frôlant l’hallucinant magnifique. Pour celles et ceux qui aiment Mylène Farmer, À mots doux sera un bonheur tel qu’ils auront envie d’aller chanter et danser sur scène. Pour les autres, ils auront Sans contrefaçon en tête et rentreront chez eux en sifflotant. C’est déjà ça.
À mots doux,texte et mise en scène de Thomas Quillardet
Collaboratrice artistique : Titiane Barthel
Création musicale : Morgan Balla et Anna Jouan
Scénographie : Lisa Navarro, assistée de Marie Odin en scénographie textile
Construction décor : Atelier de la MC2 : Grenoble, Atelier décor du TNP Lyon
Costumes : Benjamin Moreau
Costumière : Aude Bretagne
Création lumières : Kelig Le Bars
Régie lumière : Boris Pijetlovic en alternance avec Lauriane Duvignaud
Chorégraphie : Max Fossati
Création et régie son : Nicolas Hadot
Régie générale : Titouan Lechevalier et Nicolas Barrot
Administration et production : Émilie Leloup et Léa Couqueberg
Communication : Aude Martino
Montage de production : Marie Lenoir et Maëlle Grange
Avec : Morgan Balla, Thomas Blanchard, Anne Jouan, Guillaume Laloux, Titouan Lechevalier, Josué Ndofusu
Création du 1er au 3 octobre 2025 à la MC2 : Grenoble
© Photos de Pascale Cholette
Du 11 au 22 février 2026
Mardi au vendredi : 19h30
Samedi, 18h30 et dimanche, 17h
Relâche le lundi 16 février
Durée : 1h20
Théâtre du Rond-Point
2bis, avenue Franklin D. Roosevelt
75008 Paris
Réservations : 01 44 95 98 21
www.theatredurondpoint.fr

