Marie Stuart, de Friedrich von Schiller, mise en scène par Chloé Dabert, ou comment se faire attraper et ne pas voir passer le temps. Oui, on peut grincher secrètement, bien assis et attendant le début du spectacle, presque quatre heures entre deux reines qui vont se taper dessus, et pire à la fin. Et puis on est dans le noir, tout le monde applaudit et vous aussi. Tout est terminé, on n’a pas vu le temps passer ! Marie Stuart, elle, à un moment donné si, certainement, sa tête a fait la difficile avant de tomber dans le panier, mais nous n’y sommes pas encore…

Marie Stuart a su séduire, en littérature aussi, avec bien entendu ici Friedrich von Schiller mais à d’autres moments, Madame de La Fayette, Walter Scott ou bien entendu Stefan Zweig ; au cinéma avec par exemple, John Ford et Katharine Hepburn, Charles Jarrott et Vanessa Redgrave ou encore Shekhar Kapur et Samantha Morton. On la retrouve plus encore à la télévision et la triple reine a même donné son nom à une très belle rose blanche, d’une élégance absolue, dans le jardin cette fois. Son fantôme doit être insupportable à celui d’Elisabeth Ière, qui n’apparaît pas si souvent ou bien sous une image bien sombre, élisabéthaine si l’on peut dire ! Que l’une soit catholique, l’autre protestante doit probablement y faire beaucoup. La pièce Marie Stuart, écrite en 1800 par Schiller, est ici présentée avec une mise en scène de Chloé Dabert et met en avant la force de deux femmes n’ayant pas voulu se laisser faire, ont voulu être forte et puissante pour ne pas disparaître au sein d’une surpuissance masculine. L’une a gagné, l’autre non…

Bénédicte Cerutti est Marie Stuart, Océane Mozas, Elisabeth Ière. Marie et Elisabeth sont, ou bien ont eu, le titre de reine. Elisabeth Ière est celle d’Angleterre, et Marie pourrait l’être aussi, en même temps que reine d’Écosse et en farfouillant bien, de France. La puissance les a enfermées dans la puissance, dès leur enfance : Marie Stuart est reine d’Écosse à six jours. Schiller le bienheureux profite de tout cela pour montrer à travers Marie Stuart l’opposition de ces deux femmes, tout comme leur ressemblance. La religion les oppose, et le catholicisme ne va pas être un parfait atout à Marie Stuart. Chloé Dabert nous offre un spectacle au décor simplissime et envoûtant. Des costumes recherchés, petites notes nous donnant mille infos sur les personnages qui les portent. Et une équipe qui nous entraîne, nous amuse, qui se prend ici où là les pieds dans le texte, mais c’est la première représentation et parfois on pourrait s’imaginer que c’est voulu. Bénédicte Cerutti et Océane Mozas, avec une simplicité fantastique, nous décrivent ces deux femmes. La troupe tout autour ajoute amour, colère, mensonges, traîtrise… Les femmes en deuil à la fin du spectacle semblent être cinq ou six ombres, juste cela, juste le désespoir retenu.

On aurait parfois envie d’un peu plus de vent, de houle. Il y en a mais cela manque de temps de temps d’une expression plus diverse, variée. Comme s’il y avait assez peu de différence de tons. Oui. Mais on est emporté. On est « pris ». Marie Stuart transporte, donne envie de découvrir, d’aller lire, relire, de chercher à comprendre mieux encore cette situation historique qui nous est offerte là. Toute cette équipe fonctionne. La « prison » apparaît, disparaît, on voit les assistants qui passent ranger telle ou telle chose sur scène, entre deux actes, face à nous. L’entracte nous fait du mal, presque, on a envie de vite retrouver Marie Stuart,de redécouvrir toute l’élégance efficace utilisée par chaque personnage. On sait tout du long que nous sommes au théâtre, qu’un Schiller revu s’additionne là, sur scène. On entend parfois la rue, un avion. On a presque envie de les remercier ces deux-là, ils nous font comprendre encore mieux le talent de ces reines, de cette nourrice ou camériste, de ces comtes, barons ou simples soldats. C’est là qu’on s’aperçoit qu’ils et elles ne sont rien de tout cela, qu’il s’agit seulement de comédiens et de comédiennes, qu’il est très tard et qu’il faut regagner Paris. Schiller est très heureux lui aussi, il s’offre à nous avec un plaisir plus immense encore grâce à celles et ceux qui saluent devant nous.       

Marie Stuart, de Friedrich von Schiller

Traduction : Sylvain Fort

Mise en scène Chloé Dabert

Collaboration à la dramaturgie : Alexis Mullard

Scénographie : Pierre Nouvel

Lumière : Sébastien Michaud

Son : Lucas Lelièvre

Costumes : Marie La Rocca

Maquillage et coiffures : Cécile Kretschmar

Assistanat à la mise en scène : Virginie Ferrere

Assistanat au maquillage et aux coiffures : Judith Scotto Le Massese

Coordination des cascades : Roberta Ionescu

Régie générale et assistanat à la scénographie : François Aubry dit Moustache

Construction du décor : Atelier du Nouveau Théâtre de Besançon

Réalisation de la toile peinte : Marine Dillard

Réalisation des costumes : Élise Beaufort, Albane Cheneau, Bruno Jouvet, Armelle Lucas (coupe dames), Jeanne-Laure Mulonniere, Anne Tesson (coupe hommes)

Stagiaires aux costumes : Nadou Abot, Nele Velhan-Goemans

Avec l’aide précieuse des cheffes d’atelier : Sophie Bouilleaux – Théâtre national Populaire de Villeurbanne, Myriam Rault – Théâtre national de Bretagne, Pauline Zurini – Théâtre national de Strasbourg

Photos : © Marie Liebig

Avec la participation aritistique du Jeune Théâtre National

Avec le soutien du CENTQUATRE-PARIS, du Tax Shelter du gouvernement fédéral de Belgique et d’Invert Tax Shelter

Avec : Bénédicte Cerutti, Océane Mozas, Brigitte Dedry, Jacques-Joël Delgado, Koen De Sutter, Sébastien Éveno, Cyril Gueï, Jan Hammenecker, Tarik Kariouh, Marie moly, Makita Samba, Arthur Verret

Du 14 au 29 janvier 2026

Du lundi au vendredi à 19h30, samedi à 17h, dimanche à 15h

Relâche le mardi

Durée : 3h45 avec entracte

Théâtre Gérard Philipe

59, Boulevard Jules Guesde

93200 Saint-Denis

Réservation : 01 48 13 70 00

www.theatregerardphilipe.com

reservation@theatregerardphilipe.com

Autour du spectacle :

– Dimanche 18 janvier à l’issue de la représentation : rencontre avec l’équipe artistique, modérée par Anne-Laure Benharrosh, enseignante et chercheuse en littérature

– Samedi 24 janvier à 15h : Découverte des costumes du spectacle lors d’une visite animée par Marie La Rocca, costumière, et Virginie Ferrere, assistante à la mise en scène

En tournée :

3 au 7 février 2026 : Théâtre du Nord, Lille

11 au 13 février : Comédie de Béthune, Béthune

25 février au 4 mars : Théâtre National Populaire, Villeurbanne

11 et 12 mars : La Comédie de Valence, Valence

24 au 27 mars : Théâtre National de Bretagne, Rennes

1er et 2 avril : Comédie de Caen, Caen

8 et 9 avril : Foirail, Pau

14 au 17 avril : Théâtre de la Cité, Toulouse