Ecce homo. 7 danseurs sur le plateau interrogent non sans humour leur rapport à la masculinité. A l’aune du féminisme offensif qui oblige à la déconstruction et du masculinisme outrancier à sa reconstruction, l’homme d’aujourd’hui est complétement perdu face à ces injonctions contradictoires et le doute l’habite sur sa virilité qu’il lui faut tant bien que mal redéfinir. Tu seras un homme mon fils, certes, mais qu’est-ce que cela veut dire aujourd’hui à l’heure où le patriarcat reçu en héritage en a un sacré coup dans l’aile, qui tente tant bien que mal de se maintenir devant les coups de boutoir légitimes d’un féminisme qui ne demande rien d’autre que de remettre les pendule à l’heure devant les prétentions dominatrices et machistes de ces messieurs ? Olivia Grandville signe une chorégraphie jubilatoire, débordante d’énergie, où les 7 sur le plateau, trentenaires aux origines géographiques et par force culturelles diverses, font sans débander un état des lieux personnels aussi drôle que pertinent qui n’échappe pourtant pas parfois à une certaine naïveté (mais qu’importe). De par leur éducation reçue, de par leur milieu et la pression exercée par celui-ci, chacun a sa propre définition explicitée ici de ce qu’il devrait être, aurait dû être en tant que mâle, si possible alpha. Déjà la volonté d’être danseur relevait pour certains du défi quand la danse est encore associée à un certain manque de virilité indigne du statut d’hétérosexuel, ce qu’on ne manquait pas de leur assener quand ne s’y ajoutait pas l’insulte de « pédé ». Alors que pour d’autres, la danse reste l’apanage traditionnel des hommes. Jouant des clichés virilistes qu’ils dézinguent joyeusement un à un, qu’une bande-son ad-hoc et en direct accompagne, nos 7 danseurs font apparaître une tout autre réalité que les stéréotypes masculins attendus. Il saute aux yeux que la testostérone ne fait pas l’homme et qu’une certaine sensibilité assumée envers et contre tous soit aussi une force de frappe, démonstration à l’appui. Chansons populaires, confidences, stand-up, sport, danses traditionnelles, contemporaines et classiques, d’ondulations sensuelles du bassin en punchs de boxe, d’arabesques en twerk énergique, en chœur ou en solo, dessinent avec mordant et ironie un portrait contrasté d’une moitié de l’humanité en prise avec ses contradictions parfaitement assumées, ou peu s’en faut, et des injonctions avec lesquelles ils se débrouillent, s’arrangent, font avec. On y entend aussi le témoignage des parents de ces trublions qui de leur progéniture font le panégyrique de ce qu’ils sont devenus, malgré tout, au regard de l’éducation donnée. De quoi être fier… Arrivés en slip, c’est en slip qu’ils repartiront après qu’Olivia Grandville ait mis à nu leur masculinité loin d’être toxique, loin du sexe triomphant, cette « virilité abusive » que chante si bien Eddy de Pretto.

Débandade, conception Olivia Grandville

Chorégraphie : Olivia Grandville et les interprètes ; Habib Ben Tanfous, Jordan Deschamps, Martin Gil, Adriano Coletta, Matthieu Patarozzi, Matthieu Sinault, Eric Windmi Nebi, Antoine Bellanger

Création sonore : Jonathan Kingsley Seilman

Création vidéo et regard extérieur : César Vayssié

Création lumière : Titouan Geoffroy et Yves Godin

Scénographie : James Brandily

Costumes : Marion Régnier

Collaboration : Aurélien Desclozeaux et Rita Cioffi

Régie plateau et vidéo : Titouan Geoffroy

Régie son : Thibault Pelligrini

Régie lumière : Sébastien Vergnaud

Photo : © Marc Domage

Jusqu’au 20 décembre 2025

A 19h30

Théâtre du Rond-Point

2bis av. Franklin D. Roosevelt

75008 Paris

Réservation : 01 44 95 98 21

www.theatredurondpoint.fr

Tournée :

19/20 mars théâtre du bois de l’Aune / Aix-e- Provence (13)