Critiques // Written on Skin, de George Benjamin et Martin Crip, avec Ross Ramgobin, Georgia Jarman, Tim Mead, Victoria Simmonds, Nicholas Sharratt, à la Philarmonie de Paris

Written on Skin, de George Benjamin et Martin Crip, avec Ross Ramgobin, Georgia Jarman, Tim Mead, Victoria Simmonds, Nicholas Sharratt, à la Philarmonie de Paris

Fév 16, 2020 | Commentaires fermés sur Written on Skin, de George Benjamin et Martin Crip, avec Ross Ramgobin, Georgia Jarman, Tim Mead, Victoria Simmonds, Nicholas Sharratt, à la Philarmonie de Paris

 

 

 

 

ƒƒƒ article de Emmanuelle Saulnier-Cassia

L’opéra Written on Skin composé en 2012 par Georges Benjamin, qui l’a créé la même année au Festival d’Aix-en-Provence, était présenté en version concert le 14 février 2020 à la Philarmonie de Paris, dans le cadre du Festival Présences de Radio France qui pour son trentième anniversaire a choisi de célébrer un autre anniversaire, celui des soixante ans du compositeur britannique auquel il a consacré la programmation de toute sa semaine.

Élève de Messiaen, auprès duquel il a étudié à Paris, George Benjamin a écrit une partition en trois actes, qui en dépit de certains passages complexes, rejette toute influence d’inspiration sérielle, mais privilégie de longues lignes harmoniques avec des moments très intenses, notamment du côté du pupitre des cors.

Le livret de Written on Skin écrit par le dramaturge britannique Martin Crip – qui avait également signé celui de son premier succès opératique Into the Little Hill en 2006) s’inspire de la légende du troubadour Guillem de Cabestany, dite aussi conte du « cœur mangé » et fait intervenir de manière originale dans l’écriture une sorte de récit distancié par les personnages eux-mêmes (finissant quasi systématiquement leurs phrases par « dit-il » ou « dit la femme »…).

Un riche propriétaire terrien, dénommé « le Protecteur » commande à un enlumineur, le « Garçon », un livre qui soit une gloire à sa réussite économique et familiale, fruit de son comportement et caractère tyranniques. Il demande à sa jeune épouse Agnès, qui n’a même pas pu apprendre à lire sous la coupe paternaliste de son époux, d’accueillir le Garçon, ce qu’elle fera à la lettre en découvrant inévitablement sa féminité auprès lui. Le livre devient le medium du bouleversement des repères, instrumentalisé d’abord par le mari souhaitant graver dans le marbre sa légende personnelle, il l’est ensuite par l’épouse comme moyen de sa rébellion, de sa révélation, et finalement de sa fin. Après qu’elle eut exigé que son amant inscrive leur histoire dans les enluminures et que le mari jaloux tue son rival et fasse manger son cœur à son épouse, elle quitte la vie pour ne pas revenir à celle d’épouse soumise ou assassinée par celui qui prétendait être son « protecteur », après avoir eu la révélation de sa nature de femme, et « pour que rien n’efface jamais le goût du cœur de ce garçon, de ce corps ».

Bien que les chanteurs soient de fait privés des beaux décors et de la mise en scène de Katie Mitchell à Aix-en-Provence (que l’on peut (re)voir en DVD, produit par Opus Arte), ils ont offert au public, conquis, de la Philarmonie de Paris une magnifique représentation, en dépit du choix pervers par les programmateurs du Festival d’une telle tragédie pour une soirée de Saint Valentin qui s’est parée d’une saveur amère…

Barbara Hannigan qui avait créé le rôle de l’épouse, empêchée, a été remplacée par une autre soprane américaine, Georgia Jarman, qui avait déjà été choisie par le compositeur pour tenir ce rôle à la Biennale de Venise quelques mois plus tôt, défi qu’elle relève avec brio. Son époux d’un soir, Ross Ramgobin, est puissant et antipathique comme l’exige son rôle. Les deux anges Victoria Simmonds et Nicholas Sharrat ont mis un peu de temps à chauffer leurs voix, disparaissant parfois derrière l’orchestre philarmonique de Radio France, dirigé par le compositeur George Benjamin lui-même. Victoria Simmonds, qui était dans la distribution d’Aix, devient toutefois pleinement convaincante après ce début timide et notamment au commencement de la deuxième partie dont la prosodie toute particulière des deux anges est particulièrement réussie.

La plus belle surprise de cette version de concert de Written on Skin fut la prestation du contre-ténor Tim Mead dans le rôle du Garçon et de l’ange, terme qui ne peut pas être plus adéquat pour caractériser sa voix cristalline en harmonie avec l’étonnant harmonica de verre utilisé de manière peu commune dans une partition contemporaine – tout comme la viole de gambe et les mandolines qui rappellent l’époque médiévale de l’histoire d’origine – et qui donne un élément de plus dans la singularité d’une œuvre devenue déjà classique et incontournable du vivant de son compositeur.

 

 

 

Written on Skin de George Benjamin et Martin Crip

Avec l’Orchestre philarmonique de Radio France

Direction, Sir George Benjamin

Chef de chant, Alain Müller

Mise en espace Dan Ayling

Avec

Ross Ramgobin, le Protecteur, l’époux

Georgia Jarman, Agnès, l’épouse

Tim Mead, l’ange 1, le garçon

Victoria Simmonds, l’ange 2, Marie

Nicholas Sharrat, l’ange 3

Romina Lischka, viole de gambe

Philipp Alexander Marguerre, harmonica de verre

 

Le 14 février 2020 à 20 h 30

Durée 95 minutes

Grande Salle Pierre Boulez

Dans le cadre du Festival Présences 2020, du 7 au 16 février 2020

 

 

 

Philarmonie de la Paris

221 avenue Jean-Jaurès

75019 Paris

 

Réservation 01 44 84 44 84

www.philarmoniedeparis.fr

 

 

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