À l'affiche, Critiques // White Dog, conception de Latifa Laâbissi, Centre Pompidou, Festival d’Automne à Paris

White Dog, conception de Latifa Laâbissi, Centre Pompidou, Festival d’Automne à Paris

Oct 16, 2019 | Commentaires fermés sur White Dog, conception de Latifa Laâbissi, Centre Pompidou, Festival d’Automne à Paris

 

© Nadia Lauro

 

 

ƒ article de Denis Sanglard

White dog, chorégraphie de Latifa Laâbissi, a pour point de départ le roman au titre éponyme, de Romain Gary, où un chien est dressé pour des attaques racistes avant d’être rééduqué par ses nouveaux maîtres. Sur le plateau, dans une demi-pénombre, ils sont quatre à démêler des cordes, tranquilles comme baptistes. Cordes dont ils font d’étranges nœuds et couvre-chefs comme autant de parures… Cela prend un certain temps. On se dit où est, où va la danse ? À moins qu’elle ne soit déjà commencée à notre insu. Mais elle finit bien par arriver. Les corps soudain se déchaînent dans une liberté totale, seuls ou ensemble, dans une étrange transe, quand ils ne se regroupent pas pour une danse qui se voudrait tribale, une cérémonie qui nous échappe, mystérieuse, où semble résider le simple plaisir de danser ensemble autour d’un évènement particulier. On oscille ainsi entre pôles contraires. Entre une danse volontairement dépouillée de toutes injonctions, libre et jubilatoire, brute comme il existe un art brut, mais dans laquelle par effraction, s’insinuent des fragments, des oripeaux d’une culture sans doute ancienne et régurgitée, amalgamés, réappropriés voire déstructurée, mémoire de danse enfouies qui ne se résoudraient pas à disparaître. Et une danse structurée et collective, sociétale voire cérémonielle. Entre les deux, quelques pauses qui voit les danseurs reprendre leur travail autour de la corde. Latifa Laâbissi prend donc le contre-pied du roman et réinvente le mythe du bon sauvage, loin de Diderot et plus proche de l’état d’innocence de Rousseau. Belle utopie. Mais doucement, lentement un certain malaise s’insinue. Ces quatre-là, avatar d’une tribu qui se voudrait primitive, partagée entre labeur et danse, dans ce décor de liane couleur fluo – qui n’est pas sans rappeler une certaine laideur esthétique des années 80 – ne sont qu’une projection d’un idéal, celui d’une société égalitaire qui ne connaîtrait nulle violence, raciste et politique. Mais les meilleures intentions parfois se heurtent à leur traitement même. Ici et très vite, même si nous prenions ça comme un reenactment de danses folkloriques s’opposant à une danse libre ou presque, une tentative ludique d’un retour à un état de nature, le terrain devient glissant. On veut croire à une certaine naïveté qui exempterait de toute critiques. Seulement voilà, l’ambiguïté est forte malgré, on le croit, la sincérité de Latifa Laâbissi, à dénoncer un état de société en affichant son contraire, son utopie rêvée. Le traitement volontaire par le grotesque, décalé, vire très vite à la caricature et provoque son effet inverse. Elle donne à voir ce qu’elle dénonce. Une vision qui peut paraître raciste par son exagération volontaire, ce qu’encore une fois elle n’est fondamentalement pas. La volonté de remettre en question la culture occidentale et coloniale, il s’agit bien de ça, reproduit incidemment le regard même de l’occidental colonialiste sur cette culture supposée première, un regard racisé, une somme de clichés grotesques, celle du bon sauvage, qui n’est qu’une invention de pure rhétorique et philosophique, et mainte fois récupérée pour une perversion, une subversion de son image. Ce n’est encore une fois, les précautions d’usage ici sont nécessaire, pas le réel propos de Latifa Laâbissi, mais l’interprétation qui peut en découler au regard du traitement choisi pour ce qu’elle veut dénoncer. De plus ce qui est censé relier les hommes entre eux, la métaphore un peu lourde de la corde et de la liane qui est filée au long de cette création en témoigne, s’effiloche très vite. Et malgré quelques belles envolées, quelques fulgurances, tombe à plat. On sort déroutés, voire mal à l’aise, d’une création quelque peu, malgré son sujet, vaine et superficielle.

 

 

 

White Dog, conception de Latifa Laâbissi

Avec Jessicat Batut, Volmir Cordeiro, Sophiatou Kossoko, Latifia Laâbissi

Scénographie et costumes Nadia Lauro

Figures Latifa Laâbissi, Nadia Lauro

Création sonore Manuel Coursin

Création lumières Leticia Strycky

Collaboration Isabelle Launey

 

Du 09 au 12 octobre à 20 h 30

 

 

Centre Pompidou

75004 Paris

Réservations 01 44 78 12 33

www.centre-pompidou.fr

 

Festival d’Automne à Paris

Réservations 01 53 45 17 17

www.festival-automne.com

 

Tournée

TNB Centre Européen et Chorégraphique de Rennes 14 au 16 novembre 2019

MC2, Grenoble 15 et 16 janvier2020

Le Vivat, Armentières en cooréalisation avec l’Opéra de Lille 24 janvier 2020

Festival Dansfabrick, Le Quartz, Brest, 3 et 4 mars 2020

 

 

 

Be Sociable, Share!

comment closed