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Portrait of myself as my father, chorégraphie Nora Chipaumire, au Théâtre des Abesses

Oct 03, 2016 | Commentaires fermés sur Portrait of myself as my father, chorégraphie Nora Chipaumire, au Théâtre des Abesses

ƒƒ article de Jean Hostache

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© Elise Fitte Duval

Inconnue du public français Nora Chipaumire, chorégraphe vedette du grand New-Yorck, fait évènement avec son spectacle portrait of myself as my father, et apporte un renouveau inattendu à la programmation danse de la saison. En entrant dans la salle tout a déjà commencé. Les projecteurs sont orientés vers le public qui s’installe sur des musiques africaines et dansantes, et qui s’enchaînent tandis que Nora nous interpelle au micro devant son ring de boxe. On a avant toute chose déjà l’idée du personnage. Son tempérament si fort, son caractère unique. Elle entre en relation avec le spectateur avec l’impact d’un obus. Sans fioriture et sans fard, elle nous perce au grand jour.

Son spectacle ici décrit comme un portrait, n’a rien de narcissique – il se joue d’ailleurs des clichés de l’auto-complaisance, du caractère irréel que l’on accorde aux champions – et rentre dans le registre d’un témoignage. Un récit de vie personnel raconté par la danse, qui en devient universel et perceptible par tous. Une universalité pourtant contradictoire, dans la mesure où la chorégraphe originaire du Zimbabwe témoigne des difficultés rencontrées par la population noire africaine. En somme des problématiques qui concernent évidemment tout le monde mais que nous connaissons, pour la plupart, fort mal. La charge bouleversante de réalité qui se cache derrière sa proposition questionne l’engagement même du spectateur. Le fait que les interprètes soit africains ne légitimise pas l’envie de parler de ces thématiques au théâtre, mais amène une dimension réelle par leur histoire, qui n’atteint pas le public de la même manière. C’est une forme qui pose des questions certes sur la construction identitaire du peuple noir, mais également sur l’identité des femmes, celle-ci très engagée et engageante, vue au travers d’une relation générationnelle. Nora Chipaumire dans son ring de boxe, où est développé tout un appareillage symbolique pour parler d’une lutte pour vivre, est reliée par des cordages à la représentation de son père, ici interprété par Kaolack. En nous parlant de son père elle nous parle d’elle, de ses combats et de l’invective à devoir réussir à l’image des célébrités sportives.

Un spectacle qui déchire un récit de vie, et où la nécessité de venir faire l’état des lieux d’un monde chaotique prend tout son sens, et stimule l’envie commune de chercher une issue meilleure.

Portrait of myself as my father
Chorégraphie de Nora Chipaumire
Avec Nora Chipaumire et Kaolack

Du 28 septembre au 1 octobre à 20h30

Théâtre des Abbesses
Métro Abbesses ligne 12
Réservation au 01 42 74 22 77
http://www.theatredelaville-paris.com/

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