Critiques // Othello, de William Shakespeare, mise en scène Aurore Fattier, au Théâtre des Célestins

Othello, de William Shakespeare, mise en scène Aurore Fattier, au Théâtre des Célestins

Sep 25, 2019 | Commentaires fermés sur Othello, de William Shakespeare, mise en scène Aurore Fattier, au Théâtre des Célestins

 

© Annah Schaeffer

 

 

ƒ Article de Victoria Fourel

Dans la Venise et la Chypre de Shakespeare se bat Othello, victime de sa couleur de peau, de son rang, de son conseiller mal intentionné. Aurore Fattier remanie le texte dans les grandes largeurs pour rendre un Othello moderne, intelligent mais qui perd un peu de son souffle.

Il faut d’abord parler, dans ce spectacle, de la géométrie, de l’utilisation du plateau. Un jeu intelligent entre les espaces s’installe très rapidement, quand une caméra nous donne à voir les manigances cachées dans l’intimité d’un réduit. Tout ça change la présence physique des acteurs, le ton du texte. Même chose quand le réduit se transforme en une chambre, intime, petite, froide, où se jouera la dernière scène. Grâce à ces manipulations visuelles, Aurore Fattier démontre une certaine maîtrise de l’ambiance.

Cette maîtrise est aussi visible dans les lumières, léchées. Tellement léchées qu’elles en deviennent parfois compliquées à gérer pour les acteurs, qui se retrouvent dans l’ombre les uns des autres. Il arrive que la profusion d’effets nuise. Et c’est nettement visible dans la récurrence de certaines images. Par exemple, au début du spectacle, les personnages apparaissent masqués, ou masques à la main, comme pour faire le lien avec la Venise d’antan et avec l’innocence d’Othello manipulé. Malheureusement, cette image revient plusieurs fois de façon un peu appuyée en vidéo, alors que le texte et la montée de l’action se suffiraient à eux-mêmes.

C’est clairement l’intensité qui pose question. La plus grande part du spectacle est extrêmement calme, froide. Iago ne semble pas faire le moindre d’effort pour manipuler son maître, complètement prêt à se laisser faire. Cette version du texte, plus actuelle, mais moins poétique, ne laisse pas toujours transparaître la pression qui repose sur l’intrigue. On apprécie le choix de faire jouer sans ambages, mais on aime moins cette sous-tension. Si bien qu’à la fin, quand tout se délie, tout semble excessif. Oui, parce qu’il faut bien sortir une réaction qui colle avec la gravité de ce qui se passe sur scène. De grands cris s’échappent alors, complètement à contre-courant du reste de la pièce.

Annah Schaeffer est formidable en Emilia, simple, quasi-invisible une partie du spectacle, mais si claire et si intense dans les dernières minutes. Elle fait ressortir ce qui n’est pas toujours visible dans cette version du texte : à quel point le pouvoir est injuste, à quel point on s’est fait avoir. Elle nous donne à voir l’erreur et la cruauté dans lesquelles sont plongés les hommes de pouvoir.

Reste le choix très intéressant d’augmenter le texte par d’autres, contemporains, qui l’éclairent. Shakespeare ne demande qu’à être éclairé par notre époque. Il faudra plus de souffle et une intensité à la hauteur de cette belle scénographie pour que cela soit fait.

 

© Annah Schaeffer

 

 

Othello, de William Shakespeare

Mise en scène Aurore Fattier

Scénographie Sabine Theunissen

Création costumes Prunelle Rulens

Vidéo Vincent Pinckaers

Lumière Matthieu Ferry

Son Jean-Maël Guyot

 

Avec Cyril Gueï, Marie Diaby, Pauline Discry, Fabien Magry, Vincent Minne, Annah Schaeffer, Koen De Sutter, Jérôme Varanfrain, Serge Wolf

 

 

Du 21 au 27 septembre 2019

Du mardi au samedi à 20 h et le dimanche à 16 h

 

 

Théâtre des Célestins

4 rue Charles Dullin

69002 Lyon

 

Réservation 04 72 77 40 40

www.theatredescelestins.com

 

 

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