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Moving with Pina, de et avec Cristiana Morganti, Théâtre des Abbesses

Juin 27, 2019 | Commentaires fermés sur Moving with Pina, de et avec Cristiana Morganti, Théâtre des Abbesses

 

© Ursula Kaufmann

 

 

ƒƒƒ article de Denis Sanglard

Nous avions laissé Cristiana Morganti dans Jessica and me fumant une dernière cigarette, évocation saisissante, résumé radical de ses années au Tanztheater de Wuppertal, évocation sensible de l’enseignement de Pina Bausch, cette précision absolue du geste qui métamorphose le corps et vous bouleverse, alliant ainsi le mouvement à l’émotion. Pina Bausch était nichée au creux de ce solo, ombre tutélaire, mais n’était pas le sujet. Dans Moving with Pina, Cristiana Morganti, évoque enfin ces vingt années passées au sein de cette compagnie. Pleine d’humour, d’autodérision, de délicatesse, plus qu’une conférence dansée, c’est un rendez-vous amical et complice où curieusement semble abolie la distance entre la salle et le plateau et dont le lien immarcescible demeure Pina Bausch. Cristiana Morganti danse, déstructure les solos, explique le processus de création chorégraphique de Pina Bausch. Les questions qu’elle posait, les réponses apportées par les danseurs, la sélection impitoyable des séquences, parfois minimes au regard du matériau proposé, l’assemblage de celles-ci. Chaque solo étant un puzzle, l’expression d’une phrase complexe. Ce qu’exigeait Pina Bausch, implacable sous sa délicatesse naturelle, était la précision absolue, unique condition pour l’expression précise des sensations. Rien n’échappait au regard de Pina Bausch. Pas même un léger écart de pied non désiré et bien caché sous une robe longue. Pas même une pensée qui s’égare alors que vous étiez au lointain du plateau, à grimper sur une échelle, et que vos camarades en avant-scène monopolisent le regard du public. Parce ce qui est en jeu c’est l’expression du corps en son entier, son engagement, dans sa justesse émotionnelle, son énergie. Se fier au mouvement c’est être juste émotionnellement. Même le plus quotidien des gestes, aussi trivial que remettre un soutien-gorge en place, par sa précision phénoménale est un geste, une matrice de danse. Car Pina Bausch explique Cristiana Morganti était avant tout danseuse. C’est avec son corps qu’elle voyait. Et cette haute exigence portait et porte encore ses danseurs. Il faut entendre son récit sur Le Sacre du printemps, la terreur des danseurs foulant cette terre lourde et instable, et cette énergie inouïe, cette violence même, qui les mène à la transe, oublieux des horions inévitables, pour n’être que souffle, énergie brute jusqu’à la transe donc. Collectivement. Le souffle qui devient rauque, la fatigue qui vous cisaille et au final l’expression la plus nue, l’émotion à vif d’une danse tellurique implacable. Là est le cœur battant de son engagement au sein de cette troupe unique qui répond sans nul doute à la question essentielle de Pina Bausch, savoir pourquoi on danse. Formidable conteuse, danseuse apte à toute métamorphose, du monde de Pina Bausch elle ne théorise rien. Ce qu’elle offre avec tant de bonheur, de verve, et de simplicité c’est l’expression d’un engagement, d’une ferveur mais aussi cette capacité d’exprimer sa propre humanité, dans ces pleins et déliés, sa force et sa fragilité. C’est cela aussi sans doute Pina Bausch, cette capacité à extraire de chaque danseur ces zones d’ombres et de lumières. Incarnation, comme d’autres de ses camarades de troupe, du Tanztheater, elle demeure intrinsèquement elle-même, révélée sans doute à elle-même par cette appréhension singulière, unique de la danse initiée par Pina Bausch. Ce que l’on découvre c’est que le carcan imposé par Pina Bausch est un formidable et immense espace de liberté. Pris à bras le corps par Cristiana Morganti. Et l’émotion est toujours là, palpable, quand elle reprend un de ses solos, en son entier, et même déstructuré, où quelques extraits du Sacre. Hors contexte certes mais toujours aussi habité. Le corps est mémoire et ne faillit pas. Le nôtre non plus, de mémoire, que l’on croyait infidèle. Et c’est sur une de ces danses serpentines, si entêtante et caractéristique des pièces de Pina, dont elle relève le secret, qu’elle disparaît, légère, si légère, du plateau. Ayant déposé au creux de chacun de nous un peu du mystère de Pina Bausch.

 

© Antonella Carrara

 

 

Moving with Pina, une conférence dansée sur l’univers poétique, la technique, la créativité de Pina Bausch

De & avec Cristiana Morganti

 

Du 25 au 29 juin à 20h

 

 

Théâtre des Abbesses

31 rue des Abbesses

75018 Paris

 

Réservations 01 42 74 22 77

www.theatredelaville-paris.com

 

 

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