© Jean-Louis Fernandez
Le mal peut-il être banal ?
La célèbre enquête menée par la philosophe allemande Hanna Arendt à partir du procès de l’organisateur nazi de la solution finale, Eichmann, est le point de départ de la pièce de Bérangère Jannelle.
Le spectateur est plongé dès les premières minutes dans l’atmosphère enfiévrée d’un bureau. S’active là l’équipe d’enquêteurs pistant les racines de ce mal qui a mis l’Europe à feu et à sang. Les cartons d’archives s’entassent sur les bureaux, les murs sont recouverts de photos, et les cerveaux chauffent à la moindre ouverture de classeurs.
Les questions fusent. Qu’est ce qui a pu pousser un petit bourgeois déclassé et aigri comme Heinrich Himmler à programmer la destruction des juifs d’Europe ? Et que dire de Goering, le dirigeant hâbleur et drogué ? Ou encore Albert Speer, l’architecte génial et cultivé ? Pendant la première heure de spectacle, les enquêteurs échangent leurs informations tout en mâchouillant leur stylo d’un air absorbé.
Le projet de Bérangère Jannelle finit par percer au bout d’une heure : alerter les citoyens sur les dangers contemporains, à savoir montée des populismes, arrivée au pouvoir des partis d’extrême droite, et démission de la pensée face aux crises migratoires. La transition avec notre période contemporaine passe par un petit exposé sur les conditions qui ont permis au nazisme de s’imposer en Allemagne. La démonstration est alors faite : le nazisme est devant nous !
Il faut reconnaître une qualité à la pièce de Bérangère Jannelle, celle d’atteindre un point Godwin parmi les plus rapides du monde. Car la pièce ne laisse pas de doute, les parallèles entre notre période et celle qui a prévalu dans les années 1920 et 1930 sont évidents. Et la bande-son passée en ouverture de la pièce, où l’on peut entendre pêle-mêle des extraits de discours d’Alain Finkielkraut ou encore Laurent Wauquiez, est là pour nous en convaincre.
Au delà des parallèles politiques hasardeux et gênants de la pièce, le principal problème de Melancholia Europea est de ne jamais trouver le ton juste. Malgré une troupe de comédiens très impliquée dans le projet de Bérangère Jannelle, les discussions à bâtons rompu autour des relations familiales d’Himmler, ou les envolées lyriques pour davantage de « pensée » dans la société, peinent à être crédibles. Les quelques efforts intéressants pour mettre en scène l’enquête de la troupe, à l’image de cet interrogatoire d’Albert Speer contraint de confesser son adhésion au national-socialisme, sonnent souvent faux, portés peut être par des comédiens trop jeunes.
Au final on se retrouve gêné devant autant d’idéalisme naïf, et les cris et les larmes des comédiens peinent à dissimuler le vide de la réflexion de cette pièce.
Melancholia Europea
Mise en scène et écriture (inspirée de Hannah Arendt) Bérangère Jannelle
Assistant à la mise en scène Hakim Romatif
Scénographie Alban Ho Van
Stagiaire scénographie Aude Aboul-Nasr
Création lumière Christian Dubet
Création sonore et musicale Jean-Damien Ratel
Création vidéo Thomas Guiral
Costumière Laurence Chalou
Maquillage Christelle Paillard
Direction technique Marc Labourguigne
Régisseur lumière Frédéric Chantossel
Régisseur son / vidéo Thomas Guiral
Décor (construction) atelier MC2 : Grenoble
Costumes (confection) atelier MC2 : Grenoble
Presse nationale Claire Amchin
Photos Jean-Louis Fernandez
Avec Noémie Carcaud, Sophie Neveu, Rodolphe Poulain, Hakim Romatif, Bachir Tlili et le compositeur Jean-Damien Ratel
Du 7 au 10 décembre 2017
Centquatre-Paris
5 rue Curial 75019 Paris
Métro Riquet
Réservation 01 53 35 50 00
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