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La Magie lente, de Denis Lachaud, mise en scène de Pierre Notte, au Théâtre de Belleville

Avr 11, 2018 | Commentaires fermés sur La Magie lente, de Denis Lachaud, mise en scène de Pierre Notte, au Théâtre de Belleville

© DR

ƒƒ article de Denis Sanglard

« La psychanalyse est une magie lente », Sigmund Freud.

Voilà pour éclairer le titre de cette création sensible et terrifiante. Comment à partir d’une erreur de diagnostic, un patient qualifié à tort de schizophrène, en réalité bi-polaire, cet individu remonte le cours de sa vie pour comprendre la douleur et le traumatisme qui le broie pour s’en libérer et se reconstruire. Comment une vie volée dès l’enfance engendre un désastre chez l’adulte, amplifié par un jugement erroné. Introspection chaotique et violente guidée par un nouveau psychiatre jusqu’au bout de la barbarie, le viol d’un enfant. C’est une lente descente en enfer, aux confins de l’horreur, avant la reconstruction et la réconciliation avec soi-même. Louvier, tel est son nom, raconte son histoire, se cabre, progresse, se refuse à la vérité qui se cache derrière ses obsessions qui l’effraient, ses hallucination dit-il, avant de l’accepter. Voyage au bout de l’abjection. L’enfance abusée, la famille et l’oncle violeur, le silence, la peur, la honte et le dégoût, l’erreur médicale en enfin la libération. Ce pourrait être didactique mais Denis Lachaud, fort documenté, fait œuvre théâtrale. Pierre Notte, qui monte cette pièce avec une humilité et un respect du texte et de son sujet remarquable, ne s’y est pas trompé. On sait combien ce metteur en scène, écrivain lui-même, aime se confronter aux textes en s’effaçant derrière eux pour les exhausser et leur rendre toute leur complexité et richesse. C’est ici plus que sobre, véritablement épuré, rêche même. Rien qui n’achoppe, aucun effet. Nu, pour laisser toute la place au sujet, au cœur du texte. Cette cure psychanalytique aride ne verse pourtant pas au pensum. Par le texte en premier lieu dont la qualité littéraire est indéniable et par la grâce de son comédien Benoît Giros, impeccable de retenue, tout à la fois le psychiatre et le patient. Et quel patient ! Ce qui aurait pu être l’occasion d’un jeu boursoufflé, de ces jeux démonstratifs insupportables pour un tel sujet, est au contraire une superbe leçon de modestie et de théâtre. Ce monsieur Louvier là est un être perdu en lui-même, d’une douceur dans l’effroi de soi, qui avance dans la compréhension et vers la révélation sur le ton de la confidence meurtrie, au bord du gouffre et de la folie. Benoît Giros captive l’auditoire par cette présence à fleur de peau, écorchée, tendue vers nous et dont le regard, noyé parfois, captive. C’est tout de subtilité et de nuance. Et nous sommes là, témoins présents et impuissants, l’accompagnant au long de cette traversée d’une vie, de l’enfance fracassée à l’adulte traumatisé par la barbarie subie jusqu’à la réparation finale. Juste terme et juste titre que cette « magie lente » qui opère, délivre et apaise.

 

La Magie lente de Denis Lachaud

Mise en scène de Pierre Notte
Avec Benoît Giros

Lumière Eric Schoenzetter

Du 4 au 15 avril 2018
Du mercredi au samedi à 19h15
Le dimanche à 15h

Théâtre de Belleville
94 rue du Faubourg du temple
75011 Paris

Métro Goncourt ou Belleville

Réservation 01 48 06 72 34
reservations@theatredebelleville.com

Tournée:
Du 6 au 28 juillet 2018 Festival d’Avignon Off /Artéphile
Du 9 novembre au 23 décembre Théâtre de la Reine Blanche / Paris

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