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Là, 1er volet du dyptique Là, sur la falaise, Baro d’Evel, Théâtre des Bouffes du Nord

Fév 22, 2022 | Commentaires fermés sur Là, 1er volet du dyptique Là, sur la falaise, Baro d’Evel, Théâtre des Bouffes du Nord

© FrancoisPasserini

 

ƒƒƒ article de Nicolas Brizault

Il faudrait parfois imaginer que nous sommes au théâtre, rien que ça, juste ça. Pour une soirée, face à des murs blancs, trois murs, s’écartant nettement sur les côtés, comme une invitation. Il va y avoir face à nous un homme et une femme, rien de forcément surprenant, mais aussi un corbeau-pie, et plus précisément encore  est une « Pièce en blanc et noir pour deux humains et un corbeau-pie », comme l’indiquent les informations trouvées dans les documents du théâtre. Ah ?

Une musique s’installe en même temps que le public, des notes répétitives et légèrement agressives. Inaudibles aussi. On grogne un peu, façon « encore ! » mais ce décor blanc appelle tout de même à certaine paix, un calme pourquoi pas. Et voici qu’une de ces belles parois blanches, côté cour, se met à vibrer, plus que ça même, une jambe le transperce, puis une autre, enfin le corps immense et fin de Blaï Mateu Trias, à qui elles appartiennent, forcément, oui. Un personnage fort sobre, costume noir et chemise blanche. Il se promène, discute, surprend déjà et sur le même mur blanc, à nouveau d’autres vibrations, un autre pied, un peu plus loin, et de la même façon un autre corps, celui d’une femme − en vrai Camille Decourtye − en jolie robe noire, les cheveux bruns sur le visage, un instant seulement, puis visage pour de vrai. Surprise, étonnement, accueil. Et là, tout simplement, se met en place, comment dire ? entre danse, clowns légers, pie-corbeau incroyable (un vrai, qui s’appelle Gus, connaissant parfaitement son texte, oui, sûr de lui et sachant saluer, quand il le faudra) ou, soyons fous, théâtre, une histoire d’amour ? Le début, les premiers étonnements, les bagarres pour quelque chose, pour rien. Les joies silencieuses et répétées, l’union, la vraie, celle qui fonctionne même lorsque tout semble bien compliqué, voire dangereux. Et toutes les traces que cela laisse, fines et belles, traces sur les murs, traces sur le corps, vous verrez. Gus vérifie, regarde, juge sans trop rien dire. Souvent les animaux participent au travail de cette compagnie dont on sent la patience, l’attention. Éblouissement.

Cet homme, cette femme, se poursuivent, s’atteignent. Un des deux se perd, vacille, l’autre lui tend la main, lui montre comment faire, et tombe à son tour, la suite si évidente d’une longue avancée du toi et moi, ce deux que  semble honorer, ce deux qui saute aux yeux. Du cirque, du dessin, sur les parois blanches qui s’effacent, se fixant sur le corps des deux personnages.  juste devant nous, une histoire. Début, milieu et nouveau début, celui d’après, après tous les essais, tous les blancs ? Ce spectacle entraîne, ici ou là, un rire spontané, un émerveillement face à ces corps bicolores. Oui, un émerveillement et c’est peut-être parfois le silence qui l’emporte dans la salle. Ce n’est pas rien, un émerveillement. Face à ce talent, face à l’extrême qualité et originalité de ce travail qui fait attendre la suite avec envie. Ce diptyque, s’il se poursuit d’une façon aussi complète, et les doutes ne se bousculent pas, sera une boucle, comme historique. Oui,  est homme et femme, noir et blanc, sérieux, fou et plus encore. C’est comme s’il poussait à réfléchir, à mieux regarder, à trouver à côté de soi, juste là. Ouvrir les yeux. C’est ce qu’ils font.

Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias dirigent cette compagnie Baro d’Evel et c’est presque des remerciements en noir et blanc que l’on aurait envie de déposer, juste « là ». Et c’est comme si le théâtre des Bouffes du Nord jouait aussi, l’espace offert par ce décor supplémentaire se mêle parfaitement à l’univers de . Et c’est amusant, cherchant des informations sur cette compagnie, la première image sur le site paraît donner toutes les clés. Jeux entre vivants, humains et animaux, lignes et matières, souples, lisses ou rugueuses. Les corps-outils. Des recherches, un courage qui ne laisse aucun doute, partager. L’amour. Et le tout soufflé par un vent vivant, alors tout recommencer, tout continuer plutôt. Là.

© FrancoisPasserini

 

, auteurs et artistes interprètes Camille Decourtye, Blaï Mateu Trias et le corbeau pie Gus

Collaboration à la mise en scène : Maria Muñoz – Pep Ramis / Mal Pelo
Collaboration à la dramaturgie : Barbara Métais-Chastanier
Scénographie : Lluc Castells assisté de Mercè Lucchetti
Collaboration musicale et création sonore : Fanny Thollot
Création lumières : Adèle Grépinet
Création costumes : Céline Sathal
Musique enregistrée : Joel Bardolet (arrangements des cordes), Jaume Guri, Masha Titova, Ileana Waldenmayer, Melda Umur
Construction : Jaume Grau et Pere Camp
Régie lumières et générale : Coralie Trousselle, Mathilde Montrignac ou Enzo Giordana
Régie plateau : Cyril Turpin ou Benjamin Porcedda
Régie son : Brice Marin ou Fred Bühl
Direction technique : Nina Pire
Directeur délégué / Diffusion : Laurent Ballay

1er volet du dyptique Là, sur la falaise

 

Du 16 février au 5 mars 2022

Du mardi au samedi à 20 h 30

Théâtre des Bouffes du Nord

37bis boulevard de la Chapelle

75010 Paris

Réservations 01 46 07 34 50

www.bouffesdunord.com

 

 

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