Critiques // Kreatur, chorégraphie de Sasha Waltz, à l’Opéra Confluence au Festival d’Avignon

Kreatur, chorégraphie de Sasha Waltz, à l’Opéra Confluence au Festival d’Avignon

Juil 11, 2018 | Commentaires fermés sur Kreatur, chorégraphie de Sasha Waltz, à l’Opéra Confluence au Festival d’Avignon

© Christophe Raynaud de Lage

ƒƒƒ article de Toulouse

Emmitouflés comme sous des chrysalides transparentes, au commencement, les danseurs ne sont que corps et lumière. De petits nuages vaporeux qui flottent sur la scène et qui habitent en son sein l’idée d’une danse encore en gestation. Puis les cocons viennent à éclore et donnent naissance à d’étranges « kreatur ». Une gestuelle animale, des corps provocants qui se tordent et se font monstrueux combien même leur carrure d’athlète. Toujours plane au-dessus de cette horde démonique l’éveil sombre et grandissant de la folie, de la violence des rapports de forces, d’une insécurité, et d’un effroi. Tout cela reste teinté bien heureusement de notes comiques qui donnent une respiration à cette chorégraphie du cauchemar qui ne cesse d’attiser des tensions dramatiques. Cette mise en scène de la terreur n’est pas sans rappeler l’univers pictural infernal et chtonien, que l’on retrouve par exemple chez Jérôme Bosch dans son Jardin des délices. Cela donne corps à des tableaux de tortures puissants, plus ou moins drôles comme plus au moins déchirants, qui laissent le spectateur intranquille.

Sasha Waltz s’entoure pour cette nouvelle œuvre d’une équipe de créateurs tous aussi talentueux et innovants les uns que les autres. On pensera notamment à la création sonore et son architecture dans l’espace, pensé comme dispositif à part entière. Les lumières, très bien imaginées, viennent sculpter les corps tous en les étriquant dans l’espace, donnant alors cette sensation pénétrante et profonde d’isolement et de folie. Enfin les costumes sont d’une inventivité dépassant toutes limites et qui, en explorant dans le textile de nouvelles matières et des agencements inédits, propose de prolonger la difformité en arrangeant étrangement le corps au costume. La chorégraphe s’entoure pour finir d’un groupe de danseurs très adroits. Tous ont une technique rigoureuse et redoutable, mais aucun ne manquent d’investir dans leur danse une part très expressive chargée de théâtralité. Leur corps nous parle, et beaucoup de sensations nous parviennent.

A travers ce groupe imposant, Sasha Waltz nous fait voir combien autant de solitudes, car c’est de ça dont il s’agit dans le spectacle, peut ou non faire un corps collectif. On nous laisse voir ici, en déchaînant ce qu’il peut y avoir de plus violent et animal dans les rapports de force au sein d’une communauté, qu’est ce qui exclu et qui isole ou bien au contraire qu’est ce qui nous rassemble et fait notre alliance.

 

Kreatur

Chorégraphie  Sasha Waltz

Collaboration artistique  Davide Di Pretoro

Costumes  Iris van Herpen

Lumière  Urs Schönebaum

Son  Soundwalk Collective

Dramaturgie Jochen Sandig

Avec Liza Alpízar Aguilar, Jirí Bartovanec, Davide Camplani, Clémentine Deluy, Peggy Grelat-Dupont, Hwanhee Hwang, Annapaola Leso, Nicola Mascia, Thusnelda Mercy, Virgis Puodziunas, Zaratiana Randrianantenaina, Yael Schnell, Corey Scott-Gilbert, Claudia de Serpa Soares

Du 7 au 14 juillet à 18h, relâche le 10 et 11

 

Opéra Confluence

1 place de l’Europe

84000 Avignon (extra-muros)

 

Navette du Festival :

– Départ 1h avant le spectacle de la gare routière

– Ticket A/ R : 3€ en vente à la billetterie

BUS TCRA ligne 10, direction Avignon TGV

Réservation au +33(0)4 90 14 14 14

http://www.festival-avignon.com/fr/

 

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