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I am Europe, texte et mise en scène Falk Richter au Théâtre de l’Odéon

Sep 23, 2019 | Commentaires fermés sur I am Europe, texte et mise en scène Falk Richter au Théâtre de l’Odéon

 

© Jean-Louis Fernandez

 

 

ƒƒ article de Nicolas Thevenot

« Je suis sympa, ouverte et libérale, j’aime l’art moderne

les festivals de théâtre, la musique expérimentale

et un bon verre de Chardonnay… » I am Europe (extrait).

 

Cette déclinaison de tout et souvent son contraire : l’Europe se berce de promesses non tenues qu’elle contredit par ses actes, sa politique… Cette longue liste scandée à la fois comme un rap, un stand-up, et un poème… Cette inextinguible litanie maniant l’ironie, le foutraque, les fulgurances, croisant raccourcis et espérance, se drapant fièrement dans son projet, se prenant les pieds dans les champs de cadavres de sa longue histoire guerrière… Voilà l’Europe que Falk Richter fait émerger de pièce en pièce depuis 2015 tel un chant, un leitmotiv, une voix. Bien loin des chœurs joyeux de la neuvième symphonie de Beethoven.

Pour ce projet, créé au TNS en janvier 2019, réajusté pour sa reprise parisienne, Falk Richter a constitué au fil des ans un groupe de performers, danseurs, acteurs de différents pays européens. Partant de l’histoire de chacun des participants, le spectacle s’est construit et écrit avec ce qui les constitue : amours, désirs, peurs, angoisses, identités assignées et regards de la majorité…

Depuis leur auberge espagnole, ce portrait qu’ils dressent de l’Europe (et de la France, en ce qui nous concerne au premier chef) n’est pas vraiment surprenant : constat sans appel du repli identitaire et de la montée de l’extrême droite, des « fractures » sociales (combien d’arabes et de noirs dans la salle de l’Odéon ? demande en souriant un des comédiens) et de la déroute climatique et environnementale…

Pour faire ce constat accablant, il y a pourtant beaucoup d’énergie, d’engagement, dans les voix et dans les corps et le spectacle s’empare sans doute assez justement des états d’âme de cette nouvelle génération. Mais, contrairement au précédent I am Fassbinder monté en 2016 par Falk Richter et Stanislas Nordey au Théâtre de la Colline, cette production dépasse plus difficilement l’agrégation de récits épars pour atteindre une langue-monde capable de nous embrasser dans une forme théâtrale puissante. Dans ce précédent spectacle, portant l’ombre des attentats de 2015, Falk Richter avait réussi à composer une forme consolatrice dotée d’une vitalité libératrice, ruant dans les brancards. Sans jamais être vraiment politiquement correct, tout en restant critique, corrosif, sans jamais se cantonner à l’immédiate sentimentalité, I am Fassbinder avait trouvé ce chemin incroyable vers des cœurs meurtris. Un regard rétrospectif implacable sous la figure tutélaire de Fassbinder.

I am Europe cherche un avenir qui n’est pas, dans un passé qui n’est plus.

Alors, faute de passé, et par la faute d’un passé qui ne passe pas, Falk Richter rive nos regards et notre écoute sur cette matière documentaire que les acteurs-interprètes ont initialement apportée mais dont ils ne se sont pas complètement affranchis. Et comment d’ailleurs pourrait-on s’affranchir du récit d’une vie ? La réponse aurait pu être : dans un récit plus vaste écrit par Falk Richter pour ses acteurs-collaborateurs. Mais cela leur sera refusé. À l’exception d’un récit apocalyptique en guise de final.

On aurait pourtant rêvé ce que le spectacle effleure avec la figure disruptive de Fernando Pessoa : poète aux multiples hétéronymes, dans cette Europe des identités exclusives, poète du rêve et de l’avenir comme instrument de recherche de la réalité.

 

© Jean-Louis Fernandez

 

 

I am Europe, texte et mise en scène Falk Richter

Traduction française Anne Monfort

Chorégraphie Nir de Volff

Dramaturgie Nils Haarmann

Scénographie, costumes Katrin Hoffmann

Musique Matthias Grübel

Vidéo Aliocha Van der Avoort

Lumière Philippe Berthomé

 

Avec Lana Baric, Charline Ben Larbi, Gabriel Da Costa, Mehdi Djaadi, Khadija El Kharraz Alami, Douglas Grauwels, Piersten Leirom, Tatjana Pessoa

 

 

 

Du 19 septembre au 9 octobre 2019

Durée 1 h 55

 

 

Odéon-Théâtre de l’Europe

Ateliers Berthier 17e

1 rue André Suarès (angle du boulevard Berthier)

75017 Paris

 

Réservation au 01 44 85 40 40

www.theatre-odeon.eu

 

 

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