À l'affiche, Critiques // Georges dandin ou le mari confondu, de Molière, mise en scène de Jean-Pierre Vincent, à la MC93 de Bobigny

Georges dandin ou le mari confondu, de Molière, mise en scène de Jean-Pierre Vincent, à la MC93 de Bobigny

Oct 03, 2018 | Commentaires fermés sur Georges dandin ou le mari confondu, de Molière, mise en scène de Jean-Pierre Vincent, à la MC93 de Bobigny

 

© Pascal Victor

 

ƒƒƒ article de Denis Sanglard

 

Georges Dandin ou le mari confondu démontre encore une fois la lucidité de Molière sur ses contemporains. Pas plus farce que ça, ce Georges Dandin là est d’une violence et d’une cruauté qui vous abasourdies. La lecture abrasive et pertinente, politique, qu’en fait Jean-Pierre Vincent remet tout à plat et démontre combien l’atrabilaire Jean-Baptiste Poquelin avait sur ses contemporains une vision acérée et terrible. Dépouillée de la pastorale la farce est d’une noirceur froide. Plus qu’une affaire de cocufiage, guerre des sexes, guerre de classe, guerre économique c’est tout ça à la fois. Georges Dandin s’achète un titre avec pour pendeloque Angélique. Pas une question d’amour, non, mais d’ascension sociale illusoire, en trompe-l’œil. Cela fait l’affaire des parents ruinés et sclérosés sur leur titre et leur classe. Alors la belle affaire que leur fille n’aime pas ce Dandin bouseux devenu de la Dandinière et que ses rêves d’émancipation se fracassent sur un mariage arrangé sans elle avec un mari obtus et brutal. C’est une descente aux enfers pour les deux. « Vous l’avez voulu, vous l’avez voulu, Georges Dandin, vous l’avez voulu ». Voilà ce que répète ad nauseam notre paysan parvenu, lucide, humilié, mais arcbouté sur ses principes et ses pauvres rêves de grandeur fantoche. On rêve de Versailles et d’honneurs mais le fumier est devant la porte et l’on reste aux culs des vaches. Comment aimer un rustre pareil quand passe un Vicomte, même fat, qui vous rappelle votre classe d’origine perdue ? Là non plus ce n’est pas de l’amour mais une dérisoire porte de sortie, une question d’émancipation tout aussi illusoire. Jean-Pierre Vincent dégraisse sèchement Molière et met à nu l’implacable mécanique sociale qui broie les uns et les autres. Mise en scène austère en apparence, mais qui libère une parole explosive. Et dans ce décor minimaliste, débarrassé de toute référence temporelle, elle n’en prend que plus de poids et d’actualité. C’est bien cette parole-là, tranchante, et les enjeux qu’elle dénonce et revendique que met en scène Jean-Pierre Vincent. Et par cette épure noue fermement le siècle de Molière au nôtre. Car ce qui se dit là, sur ce plateau dépouillé, est d’une actualité troublante. La lutte des classes, la circulation de l’argent, et l’affrontement des sexes. Quoi de neuf ? Molière ! Formule attribuée à Guitry, qu’importe, l’assertion prend ici toute sa valeur. Jean-Pierre Vincent est un formidable directeur d’acteur. Tous les comédiens ici sont exceptionnels. Débarrassés de la farce, de cette gangue, les personnages sont à nus. Pas de caricatures, mais une complexité rude. A chacun sa part d’humanité jusque dans leur retranchement et leur violence, tant morale que physique. Victimes et bourreaux tout à la fois, d’eux même et d’une société sclérosée, embourbés les deux pieds dans le fumier de cette cour, dans une situation qui vire au grotesque, au pathétique. Jean-Pierre Vincent ne les excuse pas ni ne les rachète. La violence est bien là qui n’est que le reflet de la violence d’un système, d’une organisation sociale et politique qui les enferme et contre lesquels ils se cognent. Pas de personnage laissé au rebut. De Colin en pâtre musicien, aux Sottenville imbues d’un nom qu’ils portent si bien, à Claudine pour laquelle Jean-Pierre Vincent invente une scène inattendue et brève. Sans doute le seul personnage foncièrement libre et qui ainsi l’affirme.

 

© Pascal Victor

 

Georges Dandin ou le mari confondu de Molière

Mise en scène de Jean-Pierre Vincent

Assistanat à la mise en scène  Léa Chanceaulme

Dramaturgie  Bernard Chartreux

Scénographie  Jean-Paul Chambas

Musique originale Gabriel Durif (d’après les extraits du Grand divertissement royal de Versailles, Molière-Lully)

Costumes  Patrice Cauchetier

Création lumière et vidéo  Benjamin Nesme

Création sonore  Benjamin Furbacco

Avec Olivia Chatain, Gabriel Durif, Aurélie Edeline, Vincent Garanger, Iannis Haillet, Elizabeth Mazev, Anthony Poupard, Alain Rimoux

 

Du 26 septembre au 7 octobre 2018

Mardi, mercredi, jeudi, vendredi à 20h, jeudi 4 octobre à 14h30

Samedi à 18h et dimanche à 15h

Relâche le lundi

 

MC93-Maison de la Culture de Seine Saint-Denis

9 bd Lénine

93000 Bobigny

 

Réservation 01 41 60 72 72

reservation@mc93

www.mc93.com

 

 

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