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Elementen 1 – Room et Le Surréalisme au service de la Révolution, au Nouveau théâtre de Montreuil

Mai 14, 2016 | Commentaires fermés sur Elementen 1 – Room et Le Surréalisme au service de la Révolution, au Nouveau théâtre de Montreuil

ƒ article de Florent Mirandole

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© Arno Paul

Elementen 1 – Room remplit dès les premières minutes les travées de la salle de théâtre d’un vent froid et sonore. C’est une bande-son qui résonne d’abord. L’œuvre d’Alvin Lucier I am in a room est diffusée par un cylindre posé au milieu de la scène, serti de néons blancs. Autour, une série de danseurs piétinent, lentement autour de la scène centrale. Puis le discours sans âme du cylindre se répète, une nouvelle fois. On rate quelques mots ici ou là. La troupe évolue toujours à tâtons. Puis le discours se répète, une énième fois, mais dans une version moins audible encore, comme étouffé, raisonnante. Pendant toute la pièce, I am in a room se repèrera plus d’une dizaine de fois jusqu’à devenir inaudible.

Il est difficile de ne pas penser à 2001 l’odyssée de l’espace. Comme dans l’œuvre de Kubrick, on retrouve le jeu géométrique autour des angles et des cerces. Au discours répété en boucle répond une chorégraphie tout aussi répétitive, mais qui enchaine les parallèles et les angles. C’est froid, contrasté, bourdonnant. Les hommes en perruques blondes marchent le long des femmes brunes en combinaisons noires, puis se croisent et s’opposent. L’illusion géométrique n’est que partiellement réussie. D’abord parce que passée la surprise visuelle, peu de danseurs arrivent à obtenir la même perfection mécanique qu’un Hal de 2001 l’Odyssée de l’espace. Or le moindre grain de sable condamne la géométrie parfaite des formes. Seule cette voix numérique qui s’épuise à répéter sans cesse son discours fait vivre jusqu’au bout l’étonnement et le malaise des premières minutes.

Le Surréalisme au service de la Révolution est tout autre. Si on retrouve la pâleur de la scène, c’est bien le seul point commun avec Elementen 1 -Room. Le Surréalisme… pourrait être au premier abord un simple ballet malicieux, fait de froufrous et de mouvements sensuels. L’humour et la grâce des ballets de jambes, les danseurs sont la plupart du temps couchés, n’enlève toutefois rien à la profondeur de la scène. Tout au long de la pièce du chorégraphe espagnol Marco Morau se fait entendre le tintement lointain. On ne sait pas s’il s’agit de la cloche d’un paisible village de l’Aragon, région de naissance de Marco Morau, ou s’il s’agit du son lointain et inquiétant du tocsin, participant à instiller une certaine gène. L’inquiétude cède définitivement la place au malaise avec la scène de conclusion. Le spectateur prend alors en plein visage la force du décalage des images imaginées par le chorégraphe espagnol. Si la cohérence avec la pièce précédente, ni même au sein même de la pièce, n’apparaît pas évidente, Le Surréalisme au service de la Révolution frappe les esprits par ces froufrous et sa dureté païenne.

Elementen 1 – Room
Chorégraphie Cindy Van Acker
Musique I am sitting in a room – Alvin Lucier
Scénographie Victor Roy
Création lumière Luc Gendroz
Création costumes Katalina Tòth
Assistante Stéphanie Bayle
Interprètes Jonathan Archambault, Alexis Bourbeau, Matthieu Chayrigues, Pauline Colemard, Charles Dalerci, Fabio Dolce, Tristan Ihne, Nina Khokham, Laure Lescoffy, Valérie Ly-Cuong, Sakiko Oishi, Marion Rastouil, Elsa Raymond, Yoann Rifosta, Ligia Saldanha, Luc Verbitzky

Le Surréalisme au service de la Révolution
Chorégraphie, création costumes Marcos Morau
Assistantes Lorena Nogal, Ariana Montfort
Création lumière Bernat Jansà
Scénographie La Veronal
Dramaturgie Pablo Gisbert, Tanya Beyeler, Roberto Fratini
Interprètes Jonathan Archambault, Agnès Boulanger, Guillaume Busillet, Pauline Colemard, Charles Dalerci, Vivien Ingram, Tristan Ihne, Laure Lescoffy, Elisa Ribes, Yoann Rifosta, Ligia Saldanha
Percussionniste Grégory Terendyj
Mercredi 11 et 12 juin
Nouveau Théâtre de Montreuil
63 rue Victor Hugo
01 48 70 48 90

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