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Critique. « Collaboration » au théâtre de la Madeleine

Jan 28, 2013 | Aucun commentaire sur Critique. « Collaboration » au théâtre de la Madeleine

ƒ Critique Djalila Dechache

Collaboratio 

Le mot seul suffit à créer l’embarras tant il est connoté et entaché par l’Allemagne de la période nazie juste avant la deuxième guerre mondiale.

Ce mot va être utilisé à plusieurs reprises et en plusieurs sens entre deux artistes de poids, l’un Richard Strauss et l’autre Stéfan Zweig. Ils sont amenés à travailler ensemble ou à collaborer artistiquement.

Tandis que l’un collabore vraiment avec l’Allemagne nazie par faiblesse et pour se sentir à l’abri de tout, l’autre refusera catégoriquement au nom de ses convictions de l’horreur qui se propage. Il était en européen convaincu, un véritable humaniste, ses dernières lectures étaient consacrées à Montaigne notamment.

Leur travail artistique aboutira à la création de l’opéra « La femme silencieuse » livret de Zweig qui s’arrêtera tout net après la seule et unique représentation sur ordre venu en haut lieu.

1933, année terrible

L’année 1933 a été éminemment importante pour Hitler et l’Allemagne qui s’enfonce dans la dictature en installant son programme de société « pure ».

Goebbels, ministre de l’information et de la propagande, décrète le boycott officiel de tout ce qui fait référence aux Juifs.

La pièce se déroule de 1931 à 1934 en Allemagne, en Autriche et un tout petit peu dans une chambre au Brésil en 1942.

Dans ce contexte, c’est aussi le apport entre deux grands du monde artistique qui se joue, quand l’un exulte de jouer, de diriger un orchestre sans attendre l’autre tâtonne, recherche l’émotion juste, demande un délai supplémentaire.

C’est ainsi que Richard Strauss est campé par Michel Aumont, un peu bourru, un peu sanguin et Stéfan Zweig par Didier Sandre qui au-delà de son élégance naturelle, allie l’élégance de Zweig. Madame Strauss est génialement jouée par Christiane Cohendy, délicieuse et légère avec sa voix haut perchée, ainsi que le veut le personnage qui a été une soprano célèbre.

Reste que Charlotte Altman alias Lotte, la secrétaire puis maîtresse de Zweig est très discrète dans cette pièce alors que c’est elle la femme silencieuse de l’opéra que Zweig crée avec Strauss.

Il n’empêche que l’on passe un bon moment au théâtre surtout lorsqu’il est si brillamment servi.

 

Collaboration / Reprise
Une pièce de Ronald Harwood
Texte français de Dominique Hollier
Mise en scène Georges Werler
Avec Michel Aumont, Didier Sandre, Christiane Cohendy, Stéphanie Pasquet, Patrick Payet, Eric Verdin, Armand Eloi
Décors Agostino Pace
Lumières Jacques Puisais
Costumes Pascale Bordet
Conception sonore Jean-Pierre Prevost

A partir du 25 janvier 2013, du mardi au samedi 20h30
17 h le samedi et le dimanche
Théâtre de la Madeleine

19 rue de Surène 75008 Paris
Métro : Madeleine
Réservation :01 42 65 07 09
www.theatremadeleine.com

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