Critiques // Critique ・ Radio femmes fatales de Maya Boquet et Lenka Luptakova

Critique ・ Radio femmes fatales de Maya Boquet et Lenka Luptakova

oct 03, 2013 | Pas de commentaire

ƒ Critique Anna Grahm

 maya-7 - copie

©DR

La mise à l’épreuve de la femme fatale 

Sur le plateau nu, une table, des micros, deux chaises en formica des années 50 et une guitare électrique, décor qui laisse à penser que nous sommes en studio. L’animatrice de radio femmes fatales invite Lena pour parler de Lenka. Le nez dans ses fiches, elle interroge de sa voix suave, l’unique spécialiste de cette mystérieuse actrice. Lena Luptakova, arrivée tout droit de l’ex-Tchécoslovaquie pose sa valise pour raconter « l’idole iconoclaste » disparue. L’une en face de l’autre, chacune à leur micro, les deux femmes tentent de mettre à jour la démarche sulfureuse d’une comédienne qui a traversé le siècle dernier.

Mais qui est cette Lenka Nehanebná ? Au fil des questions, Lena Luptakova décrit, bruite la représentation d’un archétype qui s’affichait dans une plastique parfaite, sensuelle et libre. Lentement émerge la figure d’une « femme fatale pas comme les autres », apparaît, réduite à des descriptions, des onomatopées et des silences, une contre figure dérisoire. Nous apprenons qu’elle choisissait ses rôles dans le but de développer son propre sujet dans les projets des autres. Sa marque de fabrique : la disparition de l’image.

Si les contraintes radiophoniques déplacent, modifient le cliché de la femme fatale, la performance théâtrale est plus discutable. Le jeu « star attitude » de l’interviewée est forcé, et même s’il veut stigmatiser la starification, il perturbe, plus qu’il n’enrichit le propos, et détourne l’attention d’un récit déjà largement fragmenté. On regrette que les traces de Lenka Nehanebná ne soient pas utilisées pour retracer le passé politique de la Tchécoslovaquie d’où est originaire la fictive actrice. Dans ce collage qui tente de rendre compte de cette « femme imprenable », les codes qu’on voudrait bouleverser, n’offrent pas de nouvelles perspectives. Et si la proposition minimaliste de Maya Boquet, toute en dérision légère tranche avec celle plus improbable, et embrouillée de son invitée, le questionnement des deux performeuses s’essouffle. Parce que la caricature est désordonnée, parce que la référence à « tête de chou » n’est pas suffisamment stylisée, le spectacle surréaliste et grotesque auquel nous assistons, nous laisse sur notre faim.

Radio femmes fatales
De Maya Boquet et Lenka Luptakova
Avec Maya Boquet et Lenka Luptakova

Jusqu’au 4 octobre à 21 h

La loge théâtre
77 rue de Charonne Paris 11
Métro : Charonne ou Bastille
Réservation : 01 40 09 70 40
Le 1 – 2 – 3 et 4 octobre à 21 h
info@lalogeparis.fr

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