Critiques // Critique ・ « Eugène Onéguine », d’après Alexandre Pouchkine, de Rimas Tuminas, à la MC93

Critique ・ « Eugène Onéguine », d’après Alexandre Pouchkine, de Rimas Tuminas, à la MC93

Fév 03, 2014 | Aucun commentaire sur Critique ・ « Eugène Onéguine », d’après Alexandre Pouchkine, de Rimas Tuminas, à la MC93

ƒƒƒ Critique Denis Sanglard

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©Valériy Miasnikov

Eugène Onéguine, une valse romantique flamboyante

Le théâtre Vakhtangov de Moscou est à La MC93 de Bobigny. L’occasion de découvrir un des théâtre russe les plus prestigieux et son école, l’école Chtchoukine, fondée en 1913.

Eugène Onéguine , roman en vers de Pouchkine, un classique absolu russe, narre l’histoire du jeune dandy Eugène Onéguine qui, désœuvré, se retire à la campagne. Il se lie d’amitié au jeune poète Vladimir Lenski qui le présente à la famille Larine. Lenski doit épouser Olga. Tatiana, la sœur d’Olga, tombe amoureuse de Onéguine. Ce dernier la repousse et lors de l’anniversaire de Tatiana fait des avances à Olga. Vladimir demande réparation. Et meurt en duel. Onéguine fuit la campagne. Tatiana s’installe à Moscou et épouse par intérêt un vieux général. Quelques années plus tard Onéguine lors d’une réception rencontre Tatiana et lui déclare l’aimer. Tatiana avoue l’aimer encore mais ne renonce pas à son mariage et affirme rester fidèle à son époux.

Bocaux de confiture

C’est une mise en scène d’une élégance et d’une maîtrise inouïe. Quelque chose d’un rêve qui s’embourberait peu à peu dans la neige qui recouvre doucement le plateau. Il y a tout le romantisme flamboyant, l’exacerbation des sentiments, qui sombre lentement dans une mélancolie profonde. L’âme russe ?

Entre narration, dialogue et non-dits subtils, peu de chose en somme sont dites mais tout est dit pourtant. Et magistralement. Théâtre visuel, mise en scène chorégraphiée, les images sont d’une force qui vous cognent au plexus. L’anniversaire de Tatiana, d’une lenteur exaspérante et tendue, engluée dans l’attente, le mince espoir de la venue d’Eugène Onéguine. Un accordéon que l’on vous arrache des bras et vous fait brutalement entrer dans l’âge adulte. Un pot de confiture mangé à deux qui scelle une union, clôt et brise un destin. Les tableaux, les images s’enchaînent dans un rythme très singulier, comme retenu, freiné. Des chevaux d’un carrousel que l’on bride. Ce n’est pas de la lenteur, non, mais il y a comme la volonté de retarder l’inéluctable, le drame qui couve et qui bientôt explosera. Avec des accélérations, vite contenues. Un rubato propre au romantisme, épousant les méandres du roman, les émotions secrètes qui palpitent en chacun des personnages, les élans qui se brisent. C’est le rythme frémissant d’une valse lente, celle qui ne cesse de revenir, leitmotiv musical entêtant qui ne vous lâche plus. Parfois des images incongrues surgissent où l’on voit, interlude comique, un lapin traverser le plateau. C’est espiègle, c’est grave, c’est triste, c’est tout ça à la fois… C’est d’une maîtrise absolue, exceptionnelle. Il n’y a jamais rien de trop, tout est dans la nuance. C’est à la fois d’un classicisme total, racé, et d’une modernité époustouflante. Un paradoxe surprenant et explosif. Pas grand-chose pourtant sur le plateau, réplique de la scène du théâtre Vakhtangov. Quelques bancs, une barre de répétition, un fauteuil et toute la Russie provinciale est là. C’est Moscou qui surgit. Les acteurs sont prodigieux. L’unité de la troupe, sa cohésion, est sans aucun doute la clef majeure de cette réussite. Il y a incontestablement une troupe. Olga Lerman, Tatiana, est renversante. Jeune adolescente amoureuse, fougueuse, femme blessée à la gravité fragile, elle incarne une Tatiana vibrante d’émotions absolument bouleversante. Il se dégage cette impression étrange d’une création qui, au-delà de Pouchkine et incarnée par lui, ne serait que la mise en scène de l’imaginaire russe, de son identité culturelle profonde, qui survécut à la révolution. Il suffisait d’observer les russes présents dans la salle. Leur sidération, leur attention était bouleversante à voir.

EUGENE ONEGUINE
D’après Alexandre Pouchkine

Adaptation et mise en scène : Rimas Tuminas
Scénographie : Adomas Yatsovskis
Costumes : Maria Danilova
Musique : Faustas Latenas
Chorégraphie : Angelica Kholina
Direction musicale : Tatiana Agaeva
Lumières : Maya Chavdatuachvili
Maquillages : Olga Kaliavina
Direction d’acteur : Alexei Kouznetsov
Diction : Susana Serova
Dramaturgie : Elena Kniazeva
Son : Vadim Bulikov, Ruslan Knuchevitskl
Pianiste : Natalia Turiyanskaya
Traduction : André Markowitz

Avec : Victor Dobronravov, Serge Makovetski, Vladimir Vdovitchenkov / Vladimir Simonov (en alternance), Oleg Marakov, Eugenia Kregjde, Olga Lerman, Yulia Borissova, Maria Volkova, Natalia Vinokourova, Ekaterina Kramzina, Ludmila Makasakova, Pavel Tekhedas Kardenas, Anna Antonova, Anastasia Vassilieva, Natalia Vinokurova, Maria Volkova, Lilia Gaïsina, Polina Kuzminskaia, Olga Nemogay, Daria Odinokina, Ekatarina Simonova, Alexandra Tcherkassova, Maria Chastina, Anna Antonova, Elena Melnikova, , Alexei Kuznetsov, Vladimir Beldian, Ruben Simonov, Dimitri Solomykine, Valeri Uchakov, Yuri Kraskov, Kirill Rubtsov, Maria Berdinskikh, Galina Konovalova, Elena Sotnikova, , Lubov Korneva, Yuri Shlykov.
Voix : Innokenti Smoktounovski
Musique : P. Tchaïkovski, D. Chostakovitch, J. Offenbach et des romances russes, chansons françaises, chants religieux.

MC93 de Bobigny
Salle Oleg Efremov
9 boulevard Lénine
93000 Bobigny

Du 31 janvier au 5 février 2014 à 20h.
Durée 3h20 avec entracte. Navette retour vers Paris.

Réservation 01 41 60 72 72
www.mc93.com

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