À l'affiche, Critiques // An Iliad, de Denis O’Hare et Lisa Peterson d’après Homère, mise en scène de Lisa Peterson, au Théâtre du Rond-Point

An Iliad, de Denis O’Hare et Lisa Peterson d’après Homère, mise en scène de Lisa Peterson, au Théâtre du Rond-Point

Jan 21, 2020 | Commentaires fermés sur An Iliad, de Denis O’Hare et Lisa Peterson d’après Homère, mise en scène de Lisa Peterson, au Théâtre du Rond-Point

 

 

© Joan Marcus

 

ƒƒƒ article de Emmanuelle Saulnier-Cassia

Créé en 2010 aux États-Unis, An Iliad est présenté pour la première fois en France, dans la grande salle du théâtre du Rond-Point. Comme l’indique d’emblée l’utilisation de l’article indéfini « an » / « une » plutôt que de l’article défini « the » / « la », c’est une adaptation de l’Iliade d’Homère (publiée en anglais chez Overlook Duckworth, sans les quelques arrangements en français offerts au public parisien) que Lisa Peterson et Denis O’Hare proposent. Une adaptation toute personnelle et ayant la ferme volonté de rendre l’épopée compréhensible à un public contemporain, pas nécessairement familier ni du plus vieux poème épique, ni de la mythologie. De fait, réduisant les 24 chants de 15 000 vers à 7 courtes « parties », le spectacle est idéalement inter-générationnel,  s’adressant à tous les types d’éruditions et à tous les âges. Chacun peut y trouver son compte, à part les puristes des textes antiques qui peuvent trouver matière à rejeter ce qui est une vulgarisation certes, mais intéressante sur les plans esthétique et dramaturgique.

De nombreux auteurs et metteurs en scène contemporains ont rivalisé d’inventivité pour représenter la Guerre ou des guerres. Il y a celles que l’on décrit avec réalisme dans les limites rapidement imposées par un plateau (à la différence d’un écran de cinéma), celles que l’on suggère par des allégories, par des compte-rendus poétiques, par des vidéos, par des cris, par du sang…

Le poète d’An Iliad lui-même présente la difficulté : « Je veux vous montrer à quoi ressemble ce fameux champ de bataille. J’ai une photographie d’une autre guerre ». La réplique est savoureuse, mêlant l’anachronisme à l’esprit. Il nous montre sa main vide comme si une image y était collée, arpentant toute la largeur du plateau pour en faire profiter tous les spectateurs. Qu’importe la représentation ! En effet toutes les guerres se ressemblent, quelques soient leurs époques, leurs lieux (dont un grand nombre, réelles ou fictives, sont énumérées pendant plusieurs minutes de l’avant-dernière scène), leurs méthodes…

Le décor d’An Iliad est d’une grande simplicité. Un porte-manteau, une table, une chaise et une valise, des projecteurs en fond, et beaucoup de jeux de lumières sur scène alternant les douches ciblées sur le comédien, les ombres projetées sur le mur à cour – pour personnifier le géant Agamemnon – et les éclairs souvent bleutés pour mieux accompagner la bande son qui peut se faire violente pour contextualiser les moments forts de l’Iliade, que sont principalement ses combats, le vacarme laissant place par exemple au son d’un violoncelle solo tandis que les muses sont appelées au secours.

Le comédien vêtu d’un simple pantalon et de ce qui ressemble à une côte de maille légère accompagnée d’un petit ceinturon, passe de psalmodies en grec ancien, à des vociférations en anglais (langue principale du spectacle surtitré en français) et des blagues en français pour mieux interpeller régulièrement le public et surtout le faire rire aussi souvent que possible en proposant des allégories ou clins d’œil populaires (par exemple la figure de Mbappé pour faire référence aux héros populaires), employant un vocabulaire actuel imagé (Patrocle décrit comme une « killing machine »), voire vulgaire ou trivial (« It was hot ») qui alternent avec des vers originaux de l’épopée d’Homère (traduits par Robert Fagles).

Denis O’Hare, qui est à la fois une vedette à Broadway et dans de nombreuses séries américaines, assure un seul en scène impressionnant. Car c’est l’autre particularité de ce spectacle : raconter l’histoire de la guerre de Troie en présentant quelques uns de ses nombreux héros et scènes clefs, à travers une seule voix, un seul corps.

Gageure que le comédien relève de manière remarquable occupant tout l’espace du plateau une heure quarante durant que le spectateur ne voit pas passer, frémissant devant l’altercation entre Agamemnon et Achille, imaginant sans peine les batailles collectives sanglantes décrites par le menu, tremblant devant le « duel » entre Patrocle et Hector, l’acharnement d’Achille sur Hector, s’exaspérant devant la lascivité d’Hélène se traitant elle-même de « bitch », et finalement regrettant que le « poète » qui avait ouvert le spectacle revienne, remette son manteau et son chapeau pour le clore, avant de repartir tel le Juif errant vers un ailleurs, raconter la même histoire, chanter les mêmes chansons et perpétuer la mémoire.

« You see ? ».

 

© Joan Marcus

 

An Iliad de Denis O’Hare et Lisa Peterson, d’après l’Iliade d’Homère

Mise en scène Lisa Peterson

Traduction Robert Fagles

Décor Rachel Hauck

Costumes Marina Dragighi

Lumière Scott Zielinski

Musique originale et son Mark Bennett

Production Davison Scandrett

Régie Lucy Kennedy

Régie son Charles Coes

Avec Denis O’Hare

 

Du 14 au 26 janvier 2020

À 18 h 30, du lundi au dimanche, relâche les jeudis

Durée 1 h 40

En anglais surtitré en français

 

Théâtre du Rond-Point

Salle Renaud-Barrault

2 bis avenue Franklin D. Roosevelt

75008 Paris

 

Réservation 01 44 95 98 21

www.theatredurondpoint.fr

 

 

 

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